Le président bélarusse, Alexandre Loukachenko, a débuté ce mercredi sa première visite officielle en Corée du Nord, marquant ainsi un moment important pour les deux nations, toutes deux sous le poids des sanctions occidentales et des accusations de violations des droits de l'homme. Cette visite, prévue pour durer deux jours, a pour objectif d'"identifier des domaines d'intérêt commun et de promouvoir des projets prometteurs", selon l'agence d'État bélarusse, Belta.
Les liens entre Minsk et Pyongyang se sont renforcés, notamment en soutien à Moscou dans le contexte de la guerre en Ukraine. Pyongyang a, en effet, envoyé des troupes et des armements, tandis que le Bélarus s’est positionné comme une base de lancement pour l'invasion russe en 2022.
Lors de leur rencontre en septembre dernier à Pékin, où ils ont assisté ensemble à un défilé militaire célébrant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Loukachenko et Kim Jong Un avaient déjà posé les jalons d’une collaboration plus étroite.
Lee Ho-ryung, analyste sud-coréenne, souligne que cette visite illustre la volonté des deux pays de "montrer leur solidarité" contre l'ordre occidental. De son côté, Kim Jong Un semble vouloir utiliser cet événement pour renforcer son profil diplomatique au sein d’un bloc anti-occidental.
Dans une lettre adressée à Loukachenko en mars, Kim s'était montré enthousiaste à l'idée d'élargir les relations bilatérales, aspirant à les faire passer à un "nouveau niveau de coopération", selon KCNA, l'agence de presse officielle nord-coréenne. En réponse, Loukachenko a exprimé l'engagement du Bélarus à développer ses relations politiques et économiques avec Pyongyang.
Les deux pays envisagent la signature d'un traité d'amitié et de coopération, tout en s'engageant à collaborer sur divers fronts, notamment l'agriculture et l'échange d'informations, comme l’a expliqué Maxim Ryzhenkov, responsable de la diplomatie bélarusse. "Nous avons de véritables amis ici, qui nous attendent", a-t-il ajouté.
La Corée du Nord est actuellement sous sanctions, principalement en raison de son programme d'armement nucléaire, mais également à cause de son soutien à la Russie en Ukraine. Des rapports des services de renseignement sud-coréens et occidentaux indiquent que le régime de Kim a envoyé des milliers de soldats en Russie, et des milliers d'autres ont été signalés comme blessés dans ce cadre.
Des analystes estiment que la Corée du Nord reçoit, en échange, de l’aide financière et des technologies militaires de la part de la Russie, ce qui lui permet de diminuer sa dépendance vis-à-vis de la Chine, son principal allié traditionnel.
Les accusations de violations des droits de l'homme, telles que la torture et les exécutions publiques, restent omniprésentes dans la balance des relations internationales pour la Corée du Nord. Les organisations de défense des droits de l'homme attirent l'attention sur les camps de prisonniers et les pratiques de travail forcé qui caractérisent le régime de Kim.
Sur le plan intérieur, Loukachenko fait face à une répression sévère de la dissidence depuis plus de trois décennies, ce qui a incité l'Occident à imposer des sanctions à Minsk. Toutefois, des tentatives de rapprochement avaient été faites sous la présidence de Donald Trump, qui avait cherché à établir des liens plus amicaux avec le Bélarus, allant même jusqu’à libérer des prisonniers récemment.
En ces temps d'incertitude géopolitique, la rencontre entre Loukachenko et Kim ne fait que souligner l'importance des alliances que ces pays cherchent à bâtir dans un monde de plus en plus polarisé.







