L'Anses a récemment publié une étude révélant que l'alimentation est la cause prédominante de l'exposition des Français au cadmium, appelant à une action concertée pour la décontamination des sols agricoles et une meilleure régulation des fertilisants, notamment les engrais minéraux phosphatés.
Le cadmium, un métal lourd naturellement présent dans l'environnement, pose des risques sérieux pour la santé, pouvant entraîner des cancers ou des troubles rénaux. Des études antérieures avaient déjà signalé une exposition des Français trois à quatre fois supérieure à celle des populations d'autres pays européens. Dans ce contexte, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail a pour la première fois évalué l'exposition globale au cadmium au long de la vie.
Selon leurs estimations, d'ici 2025, près de 50 % des Français pourraient afficher des niveaux d'exposition dépassant les limites sanitaires recommandées. Il est préoccupant de constater que cette imprégnation commence dès le plus jeune âge, d'autant plus que le cadmium s'accumule lentement dans l'organisme et son évacuation est très limitée.
L'étude révèle que l'alimentation est à l'origine de 98 % des cas d'exposition au cadmium chez les non-fumeurs, les fumeurs étant également impactés par la fumée du tabac. Les céréales pour petit déjeuner, les pains, les pâtisseries et certains légumes sont suspectés d'avoir des niveaux élevés de cadmium. Géraldine Carne, coordinatrice de l’expertise, souligne que même si le chocolat est souvent cité comme une source de contamination, il ne représente qu'une part mineure de l’exposition, en raison de sa consommation moins fréquente.
L'Anses appelle à une réaction rapide au problème: « Si les niveaux d'exposition actuels persistent et qu'aucune mesure n'est prise, des effets indésirables pourraient toucher une part croissante de la population », avertit Mme Carne. Les recommandations de l'agence soulignent l'importance d'agir à la source de la contamination, en s'attaquant directement aux pratiques agricoles et aux fertilisants utilisés.
Pour ce faire, l'Anses recommande la réduction des seuils de cadmium dans les engrais, avec un objectif de 20 mg/kg, alors que la France autorise actuellement jusqu'à 90 mg/kg. La majorité des engrais minéraux phosphatés utilisés proviennent de roches phosphatées importées, notamment d'Afrique du Nord, dont certaines contiennent des niveaux de cadmium accrus, comme l’explique Yann Le Bodo, expert à l'Anses.
Parallèlement, l'agence propose d'adopter de nouvelles approches en agriculture, telles que l'utilisation de variétés végétales moins susceptibles d'accumuler du cadmium, et de renforcer le suivi des niveaux de ce métal dans les fertilisants.
Du côté des consommateurs, l'Anses invite à réduire la consommation d'aliments à base de blé, comme les gâteaux et les biscuits, et à privilégier les légumineuses. Malgré les inquiétudes croissantes sur l'alimentation, les experts insistent sur l'importance d'une diète diversifiée pour minimiser le risque d’exposition au cadmium.







