Le sénateur Duplomb ne désarme pas et a déposé un nouveau projet de loi pour réintroduire l’acétamipride. Mais qui en veut vraiment ?
Michel Peyrat, de Joué-lès-Tours (Indre-et-Loire) : « Suite à la colère des agriculteurs, le sénateur Duplomb a décidé de redéposer un texte au Sénat après que le précédent a été rejeté par le Conseil constitutionnel. Ce texte vise à permettre l’usage d’un insecticide controversé, l’acétamipride, qui est utilisé dans plusieurs pays. »
« La crainte de voir certaines filières agricoles disparaître a donc poussé le sénateur à envisager une réautorisation, tout en imposant des conditions d’usage strictes. Mais pourquoi n'a-t-il pas intégré cette précaution dans son texte initial ? »
Manger plus mal
Jean-Pierre Pestie, d’Azay-sur-Cher (Indre-et-Loire) : « La loi Duplomb émerge à nouveau, et ce n'est pas sans raison : la problématique de l'acétamipride n'est toujours pas résolue. Alors qu'il est interdit en France, il est encore utilisé ailleurs en Europe. Nos agriculteurs se plaignent d'une concurrence déloyale. »
« La France court le risque de consommer des produits de moindre qualité, l'industrie agroalimentaire privilégiant les prix bas. Alléguer que cette molécule est sans danger pour la santé humaine constitue un risque sérieux, étant donné qu'elle pénètre facilement notre organisme. »
« La responsabilité de la mise sur le marché d'un pesticide revient à l’UE, qui doit agir selon le principe de précaution concernant les risques sanitaires. Si l’UE ne prend pas de mesures, la France pourrait envisager de porter plainte devant la Cour de Justice européenne pour mettre fin à cette concurrence inéquitable. »
« Si les instances de Bruxelles choisissent de libéraliser massivement l'usage de pesticides, comme le craint l'ONG Pollinis, cela pourrait donner accès aux agriculteurs à des substances que ceux du Mercosur utilisent, exacerbant ainsi la situation. »
Préserver la nature
François Monnier, de Blois (Loir-et-Cher) : « Le terme néonicotinoïde, bien que complexe, reste symptomatique d'un problème sérieux en agriculture. Tandis que la Suisse les interdit et que la France a suspendu leur usage, ils demeurent légaux dans le reste de l’Europe jusqu'en 2032. Le Conseil constitutionnel a heureusement invalidé l’article de la loi Duplomb qui voulait réintroduire l’acétamipride, un produit nocif pour notre environnement. »
« Une étude publiée dans Environnement Pollution a révélé les effets dévastateurs de ces insecticides sur les populations d'oiseaux et d'abeilles, indiquant qu'environ 60% des oiseaux ont disparu des zones rurales en Europe. »
« Allain Bougrain-Dubourg, président de la Ligue de protection des oiseaux, a déclaré : “La science indique que la nature reprend ses droits dès lors qu’on cesse de l’empoisonner !” C’est une sagesse à suivre et à respecter. »
Prix ou santé
Jean-Claude Taupin, de Cinq-Mars-la-Pile (Indre-et-Loire) : « Les critiques des écologistes sur les néonicotinoïdes sont pertinentes, particulièrement pour des productions phares comme les noisettes ou les pommes. Une réelle protection des filières pourrait être envisagée si les importations provenant de l'Europe étaient interdites. »
« Cependant, dans un monde où chaque euro est compté, que penseront les consommateurs des prix de leurs fruits, sachant que ceux en provenance d'autres pays de l’UE seront généralement moins chers et pourraient contenir des substances plus nocives ? La solution réside dans l’interdiction de tous les néonicotinoïdes par l’UE, comme la France l’a fait. »
« Il est impératif que les eurodéputés prennent des mesures rapides pour ne pas jouer avec la santé des citoyens et des agriculteurs. À défaut, avec les productions à nouveau vulnérables aux maladies, les conséquences se traduiront par une baisse de la production et une inflation des prix, sans compter la pression des pays hors UE pour adapter leurs pratiques. »







