Grygoriï Gladych est le dernier survivant de son immeuble à Kharkiv, la seconde ville d'Ukraine, durement touchée par les attaques russes. À 79 ans, il vit coupé de tout, sans chauffage, eau potable ni électricité.
Ancien peintre en bâtiment, Grygoriï a décidé de rester chez lui lorsque les forces russes se sont approchées et ont bombardé la ville. Depuis le début de la guerre d’invasion en 2022, il est coincé dans cet immeuble de 15 étages, situé dans le quartier de Saltivka, à moins de 40 kilomètres de la frontière russe.
Ce retraité a survécu à trois hivers rigoureux, isolé au milieu d’un paysage dévasté, où les murs de son immeuble, bien que debout, portent les marques des frappes. Comme l'explique un rapport du Le Monde, Saltivka est devenu un symbole de désolation en Ukraine, touché par de nombreuses explosions qui ont rendu d'autres bâtiments complètement inhabitables.
« Où irais-je ? », s'interroge-t-il, entouré de bocaux et d'ustensiles empilés dans son appartement. Sa famille, composée de sa femme et de sa fille, a réussi à se rendre aux Pays-Bas au début du conflit, mais lui a choisi de rester sur place.
Les personnes âgées, souvent fragiles et sans ressources, forment la majorité des habitants qui persistent à vivre dans des zones de conflit. Grygoriï envisage à peine un retour vers son village natal, ne sachant pas quoi emporter ou comment s'y rendre.
Saltivka, surnommé par certains médias « quartier fantôme », abritait avant la guerre entre 300.000 et 400.000 habitants. Grygoriï se remémore les événements du début de l'invasion : « Les troupes russes sont arrivées en véhicules blindés… Puis la défense a commencé. » Malgré une résistance ukrainienne, le quartier a été lourdement endommagé.
Il raconte comment un missile a détruit le toit de son immeuble, une tragédie qui a également mis hors service l'ascenseur, le forçant à parcourir les escaliers pour chercher de l'eau. Les incursions continuent, avec des attaques régulières par drones et missiles.
Grygoriï vit dans une isolation croissante, mais reçoit parfois des visites de quelques voisins. « On se dit bonjour, on se serre dans les bras, on discute », explique-t-il, se remémorant des moments de convivialité.
Récemment, il a eu la chance de recevoir une aide alimentaire sous forme de pâtes et d'autres provisions. Toutefois, il passe ses journées en grande partie seul, défiant la monotonie en consultant son smartphone, évitant la télévision qui, selon lui, n'apporte que des informations désagréables.
Sa femme, désireuse de le convaincre de l'accompagner aux Pays-Bas, s'inquiète pour lui. Cependant, Grygoriï doute de sa capacité à s'adapter, en restituant : « Tu ne connais pas la langue, tu vas errer comme un mouton sans jamais l'apprendre. »
Issu de la région de Khmelnytsky, Grygoriï a travaillé dans une usine de chars à Kharkiv avant de se consacrer à la peinture jusqu'à sa retraite. Les négociations diplomatiques pour mettre fin au conflit semblent stagner, laissant Grygoriï dans l'incertitude sur son avenir. « On ne voit pas la fin. Personne n'a encore dit quelque chose d'intelligent — ni la Russie ni l'Ukraine », conclut-il, résignant face à une guerre qui ne montre pas de signes d'apaisement.







