CHRONIQUE. Les Jeux olympiques ne sont jamais des événements banals. Certes, ils célèbrent le sport, mais ils agissent aussi comme un miroir révélateur pour les nations. Chaque cérémonie d’ouverture devient une vitrine politique, exhibant l'image que le pouvoir souhaite renvoyer au monde et les valeurs qui cimentent sa puissance.
Les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi en 2014, par exemple, ont été orchestrés comme un ostentation de la force russe, mettant en avant une architecture grandiose et un budget faraonique, tout en servant la narrative de Vladimir Poutine. Même les cérémonies de Paris 2024 ont tenté d’extraire des impressions mémorables, avec un spectacle qui s’étend bien au-delà d’un simple stade. Avec un effet parfois grotesque, cela a entraîné des controverses, surtout avec des représentations jugées offensantes en jouant avec le sacré.
En revanche, ce soir, lorsque la flamme s’éteindra à Milano-Cortina, un sentiment différent prévaudra. L’Italie a choisi d'éviter la démesure. Avec une approche subtile, elle a opté pour des symboles puissants et fédérateurs qui illustrent la richesse de sa culture. La cérémonie a rendu hommage à Antonio Canova, démontrant l’esthétique incomparable du corps humain, magnifié autant par le marbre que par les performances des danseurs de la Scala.
La voix d’Andrea Bocelli a résonné, authentique et émotive. Artiste emblématique, il incarne l’harmonie entre l’opéra et la musique populaire internationale. Son interprétation du toujours captivant « Nessun dorma » rappelle les légendes comme Verdi, Rossini et Puccini, soulignant que la cérémonie ressemblait presque à un opéra, célébrant une unité plutôt qu'une collection d'effets.
Dans ce contexte, le politologue américain Joseph Nye a élaboré le concept de soft power, évoquant le talent d'un pays à attirer l’adhésion non par la contrainte, mais par ses valeurs, sa culture et l'image qu'il projette. Ce concept souligne que la puissance d’un pays ne se mesure pas uniquement en termes d’économie ou de force militaire, mais également par son attrait et l’image positive qu'il offre au monde. Ainsi, lorsque le sport dialogue avec l’histoire culturelle, la force d'une nation se redécouvre. Les Jeux d’hiver, bien que moins médiatisés que ceux d’été, tiennent leur vérité dans cette capacité à représenter une nation avec authenticité, loin de l’agitation du spectacle.
La cérémonie de Milano-Cortina ne cherchait donc pas à provoquer. Elle a honoré la dignité des grandes nations. Un pays en quête de reconnaissance a souvent recours à des spectacles excessifs, tandis qu'un pays confiant s’implante avec élégance et mesure. Il n’a pas besoin de fracas pour affirmer sa place.
Face à la conclusion de cette édition, il est probable que le souvenir persiste moins en termes de médailles que comme un contraste significatif : la délicatesse face à l'excès, l’harmonie opposée à la provocation. Machiavel avait raison de dire que les hommes « jugent plus par les yeux que par les mains » ; cette cérémonie prévaut comme affirmation de cette sagesse.







