Paris (France) – La question de l'accès à une alimentation équilibrée est à nouveau sur le devant de la scène. La grande distribution est-elle en train de compromettre cet accès en pratiquant une politique de marges sur les produits alimentaires ? L'association de défense des consommateurs Familles Rurales a récemment demandé à l'Autorité de la concurrence d'ouvrir une enquête sur la formation des prix en grande surface.
Cette demande fait suite à une précédente commission d'enquête parlementaire qui s'était penchée sur la problématique. Familles Rurales met en évidence le phénomène de "péréquation des marges", où les supermarchés optent pour des prix bas sur des produits attirants mais malsains, tels que les sodas et le Nutella, tout en compensant par des prix plus élevés sur des fruits et légumes, comme l'explique Nadia Ziane, directrice du département consommation de l'association.
Un exemple célèbre de cette pratique a été illustré en 2012 par Serge Papin, alors président de Système U, qui disait que "le coco de Paimpol finance le Coca d'Atlanta". Ce constat soulève des inquiétudes, d'autant plus qu'aucune politique contraignante n'a été mise en œuvre dans la Stratégie nationale pour l'alimentation récemment publiée par le gouvernement.
Les données fournies par Familles Rurales montrent que les producteurs ont récolté environ 12 milliards d'euros pour leurs fruits et légumes entre 2021 et 2023, alors que les consommateurs ont dépensé près de 23 milliards. Cette différence alarmante démontre l'énorme écart qui existe entre les prix de vente et les coûts pour les producteurs. De plus, les fruits et légumes ont généré un bénéfice net de 247 millions d'euros en 2021 pour la grande distribution, compensant ainsi les pertes d'autres catégories de produits.
Pour les ménages, le coût de l’alimentation reste un défi majeur. Nourrir une famille de quatre personnes selon les recommandations du programme national nutrition santé (PNNS) exige un budget mensuel de 1.314 euros pour des produits bio, et 800 euros pour ceux non bio. Même avec des solutions simplistes, comme réduire la variété des produits, le budget atteint encore 539 euros, rendant l'alimentation équilibrée inaccessible à plus de 11 millions de personnes en situation de précarité alimentaire.
Une réponse nécessaire
À moyen terme, une légère baisse des prix de 1,1 % est attendue sur les fruits et légumes frais, due à des situations de surproduction. Cependant, des mesures structurelles, selon Familles Rurales et plusieurs organisations telles que Foodwatch, sont indispensables pour assurer l'accès à des produits sains.
Michel-Edouard Leclerc, président du comité stratégique de l'enseigne E.Leclerc, a exprimé sur BFMTV/RMC son opposition à ces critiques en arguant que son enseigne a développé des offres bio et réclame la généralisation du Nutri-score. D'autres grandes enseignes, comme Mousquetaires/Intermarché, soulignent qu'il n'y a pas de surplus de marges sur les produits sains et que la gestion des coûts est leur priorité.
La question des marges dans la grande distribution est loin d'être résolue et continuera d'être discutée alors que la commission d'enquête du Sénat poursuit ses travaux. Au-delà de la santé publique, le sujet de la rémunération des agriculteurs et de la concurrence des produits importés reste également au cœur des préoccupations des acteurs de la filière.
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