La doctrine iranienne, qui repose sur le principe du "seuil", continue d'évoluer. L'objectif consiste à utiliser les infrastructures nucléaires civiles pour produire, si nécessaire, des armes nucléaires. Bien que les frappes américaines des dernièeres années aient retardé ce programme, seul un changement de régime pourrait réellement contrer les ambitions de Téhéran.
Depuis la révolution islamique de 1979, le régime a engagé un projet idéologique visant à établir un empire chiite dominant au Moyen-Orient. Ce projet, nourri par le rejet de l'État d'Israël et des valeurs américaines, a intensifié les préoccupations internationales concernant l'acquisition d'armes nucléaires par l'Iran.
Survie du régime
Cependant, le programme nucléaire iranien trouve ses racines dans le programme américain "Atoms for Peace" des années 1950. À l'époque du chah, plusieurs réacteurs ont été commandés auprès d'entreprises européennes, mais la révolution de 1979 a interrompu cet héritage honni. Les traumatismes de la guerre Iran-Irak (1980-1988) ont cependant changé cette dynamique. Les dirigeants iranien ont réalisé qu'une dissuasion nucléaire était essentielle pour la survie du régime.
Durant les années 90, l'Iran établit des collaborations nucléaires avec la Russie, notamment pour construire la centrale de Bouchehr. En 2002, la découverte d'installations secrètes à Natanz et Arak ouvre une décennie de tensions avec les puissances occidentales, marquée par des sanctions.
Pourparlers permanents
Après une décennie de négociations, le Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA) est signé en juillet 2015, limitant l'enrichissement d'uranium en échange de la levée des sanctions. Cette fragile paix est rompue en 2018 avec le retrait des États-Unis, entraînant l'Iran à reprendre ses activités nucléaires et à enrichir de l'uranium à des niveaux toujours plus élevés.
D'un autre côté, des opérations secrètes israélo-américaines ont significativement ralenti l'avancée du programme nucléaire iranien. Cependant, il reste difficile de s'accorder sur le véritable niveau de menace que représente ce programme. Pour qu’un État puisse développer une capacité nucléaire militaire, il lui faut non seulement de la matière fissile, mais aussi des détonateurs et des vecteurs pour transporter l'armement.
Au fil des années, l'Iran a développé un écosystème nucléaire comprenant des capacités d'enrichissement, des installations de conversion chimique et des centres de recherche. Ce réseau lui permettrait de produire rapidement une arme nucléaire quand une décision politique serait prise. Grâce à cette stratégie du "seuil", Téhéran peut affirmer qu'il ne possède pas d'armes nucléaires tout en étant capable d'en produire rapidement.
Aujourd'hui, l'Iran détient un stock significatif d'uranium enrichi et a placé une partie de son programme sous terre pour éviter d'éventuelles frappes aériennes. Cela a conduit les responsables israéliens et américains à envisager une intervention militaire pour 2025-2026. Avec des installations profondément enfouies, toute destruction par voie aérienne serait complexe, voire impossible.
Bien que les récentes campagnes militaires aient freiné le projet nucléaire iranien, il reste difficile d'évaluer l'ampleur de ce retrait. Téhéran dispose toujours d'une marge de manœuvre pour renforcer la protection de ses installations. De plus, un nouvel accord avec les États-Unis pourrait lui offrir un soulagement des sanctions, augmentant ainsi ses ressources pour reconstruire ses capacités.
Face à ces défis, Israël n'a plus que ses opérations secrètes à disposition. Seule une transformation interne ou une révolte populaire pourrait changer le cours des choses. Il ne s'agit plus seulement de déterminer si l'Iran atteindra le statut de puissance nucléaire, mais plutôt de savoir quand ce scénario pourrait devenir réalité. En signant la fin des hostilités en juin 2023, Donald Trump a peut-être pensé conclure un accord stratégique, mais cela pourrait s’avérer un laissez-passer pour l'Iran.







