Depuis près d'un demi-siècle, l'Occident s'efforce de déchiffrer l'Iran à travers les prismes issus de la révolution islamique. Mais cette approche ne serait-elle pas devenu l'un des principaux obstacles à la compréhension de l'Iran actuel ?
Pourquoi une nouvelle approche ?
Comprendre l'Iran contemporain nécessite un éclairage différent. Comme le souligne une chercheuse iranienne, les factions politiques de l'Occident se comportent comme des parents d'un régime qu'ils ont par leur soutien contribué à établir. Cependant, la réalité est bien plus nuancée. Chaque groupe, qu'il soit ancré dans la tradition religieuse ou laïque, a ses propres perceptions de ce que représente la République islamique.
Cette réflexion m’a amené à imaginer une lecture généalogique de la politique iranienne. Depuis 1979, l’Europe a catalogué l’Iran par le biais de trois catégories : réformateurs, conservateurs et opposition. Si ces classifications aident à comprendre les luttes de pouvoir actuelles, elles écartent souvent les racines historiques des acteurs en présence.
La grille que je propose divise non seulement les héritiers de 1979 mais aussi ceux qui aspirent à renouer avec la tradition constitutionnelle de 1906. Tandis que l'Occident continue à s'interroger sur les héritiers de 1979, une grande partie des Iraniens aspire à rompre avec cette époque.
Les parents de la Révolution Islamique
La Révolution islamique a vu le jour en février 1979, mais ses origines plongent bien plus loin, jusqu’au début du XXe siècle. Ce mouvement ne résulte pas de l'œuvre d'un seul homme, mais d'une synergie complexe de différentes dynamiques politiques. Même si ces factions se sont battues violemment par la suite, elles font pourtant partie des ancêtres du régime actuel.
Le rôle du clergé chiite
Un des premiers piliers de ce mouvement est le clergé chiite. Depuis les réformes de 1906, le clergé a vu son rôle et son influence économique et politique diminuer, une situation perçue comme une dépossession. À travers le prisme religieux, l'idée qu'il faut un retour à un pouvoir basé sur la religion reste omniprésente.
Le bazar : un acteur économique majeur
Une partie du bazar a également joué un rôle essentiel dans ce processus révolutionnaire. Les réformes économiques sous les différents Shahs ont menacé les intérêts traditionnels, rendant ainsi nécessaire une alliance entre le clergé et le bazar, qui sera cruciale lors des événements de 1979.
Les Fada'i'yān-e Islam : un tournant culturel
Les Fada'iyan-e Islam, formés en 1946, ont introduit une dimension essentielle : la violence religieuse s'est transformée en un outil politique. Ce groupement a un rôle clé dans la culture politique iranienne en matière de violence politique, reliant ainsi tradition et engagement actif.
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Le clivage du nationalisme religieux
Le Front National (Jebhe Melli) fait ressortir les contradictions du nationalisme iranien. Tandis que Shapour Bakhtiar maintient la Constitution de 1906, d'autres embrassent la cause de Khomeiny. Ce contexte illustre la combinaison complexe de pouvoir et d'idéologie, continuant d'influencer les débats actuels.
L'héritage de Mossadegh
Mohammad Mossadegh occupe une place de choix dans la mémoire collective. Sa destitution en 1953 est souvent interprétée comme un coup d'État contre la démocratie, négligeant cependant les crises institutionnelles de l'époque. Pour le nouveau régime et d'autres factions politiques, sa figure reste un symbole puissant et inspirateur.
Le Parti Tudeh et l'anti-impérialisme
Fondé en 1941, le Parti Tudeh a introduit un discours anti-impérialiste fort. Cela demeure un cadre central de lecture, créant des neveux politiques qui s'identifient à la lutte contre la monarchie et l’influence américaine.
Les héritiers de 1979
Les héritiers de 1979, quant à eux, évoluent au sein d'un système qui les façonne. Les divers bénéficiaires économiques de la République islamique illustrent cela : à travers la corruption et les monopoles, ils renforcent un réseau d'intérêts profondément ancrés.
Les sanctions et autres enjeux économiques obligent également l'exil de nombreux Iraniens, souvent ceux qui, auparavant, faisaient prospérer le régime. Cela met en lumière un clivage entre ceux qui profitent du système et ceux qui cherchent à en sortir.
Les bénéficiaires institutionnels
Les institutions, qu'elles soient des universités ou des ONG, sont souvent liées à la survie du régime. Cet écosystème alimente des analyses et débats qui continuent d'interroger les mêmes catégories datant de 1979 plutôt que d'explorer les aspirations actuelles des Iraniens.
Le besoin d'un changement de référentiel
Le véritable changement de perspective est nécessaire. Au lieu de considérer les acteurs iraniens par rapport à la République islamique, il est plus pertinent d'évaluer leur lien avec la Révolution de 1979. Beaucoup d'Iraniens ne cherchent plus simplement une réforme, mais un retour à un véritable État de droit, inspiré par la Constitution de 1906.
En conclusion, le débat d'aujourd'hui n'est plus simplement une opposition entre partisans et opposants de la République islamique, mais un conflit fondamental entre ceux qui se revendiquent de l'héritage de 1979 et ceux qui envisagent une rupture nette avec cette époque. En conséquence, il est impératif de changer notre carte et d'explorer les véritables aspirations du peuple iranien.







