Yves Lacoste, une figure incontournable du paysage géographique et géopolitique français, nous a quittés samedi dernier à l'âge de 96 ans. Son ouvrage phare, La géographie, ça sert d'abord à faire la guerre, paru en 1976, a bouleversé la compréhension et l'étude de la géographie. Cet ouvrage iconique, qui s'est vendu à plusieurs milliers d'exemplaires, a été réédité en 2012, confirmant sa résonance dans le débat intellectuel contemporain.
Dans ce livre, Lacoste défendait l'idée que la géographie devait intégrer la réflexion sur le pouvoir et les conflits politiques. Natif du Maroc, le 7 septembre 1929, il avait su marier les domaines de la géographie et de l'histoire, affirmant que cette discipline devait également aider à analyser les relations de pouvoir. Son travail en Afrique du Nord et au Vietnam a laissé une empreinte indélébile, tant sur le plan académique que pratique.
Comme l’a souligné Béatrice Giblin, directrice de la revue Hérodote, fondée par Lacoste, ce dernier a su redonner à la géographie son caractère politique en initiant une approche « démocratique et citoyenne » de la géopolitique. Son modèle intellectuel était inspiré par Hésiod, véritable précurseur de l'interdisciplinarité.
Son engagement pour la reconnaissance de l'importance de l'analyse géographique s'est également manifesté à travers son étude remarquée sur le Vietnam, où il démontra, cartes à l'appui, que les bombardements américains étaient soigneusement planifiés en fonction de la géographie locale, une analyse qui a contribué à mettre fin à des frappes menaces sur des populations civiles.
Au-delà de ses travaux emblématiques, Yves Lacoste a également interagi avec des enjeux contemporains. Il est intervenu dans le débat autour des problématiques d'identité, publiant en 2010 La question post-coloniale et, en 2016, un ouvrage coécrit avec Frédéric Encel sur la Géopolitique de la nation France. Dans ces travaux, il soulève des questions cruciales sur l'islamisme radical et l'impact sur la société française.
Yves Lacoste n'était pas simplement un académique, mais un intellectuel engagé, dont les idées continuent d'influencer la recherche en géographie et en géopolitique. Son héritage perdure à travers les nombreux étudiants et chercheurs qu'il a inspirés, de même que les débats qu'il a provoqués. Sa disparition laisse un vide dans le monde de la géopolitique, mais son œuvre continuera sans nul doute à nourrir les réflexions futures.







