La famille de l’ostéopathe, actuellement jugé à Strasbourg pour avoir abusé de 29 femmes, est venue à son soutien, décrivant un homme « doué » et présentant des gestes jugés courants dans sa pratique.
Pierre Garitte, 37 ans, était ostéopathe depuis 2014, opérant à Eschau, près de Strasbourg. Mis en examen sous contrôle judiciaire, il risque jusqu'à vingt ans de prison. Il est accusé d’avoir exercé des viols et des agressions sexuelles sur un total de 29 patientes, exploitant sa position d'autorité, comme l’a souligné l'accusation.
Les plaintes des victimes évoquent des actes d'attouchement ou de pénétration lors de consultations, sans consentement. L'accusé conteste tout acte à caractère sexuel, minimisant ses actions et la plupart des pénétrations.
Au cours de l’audience, qui a débuté le 1er juin 2026, la cour a examiné son parcours, notamment son enfance à Roubaix, ses sélections d'études ostéopathiques et un incident traumatique survenu dans son enfance. Son père a pris la parole pour défendre son fils, qualifiant ses compétences de « talents » et critiquant la « judiciarisation à outrance » après le mouvement MeToo. Sa demi-sœur a même recommandé un ostéopathe qu’elle qualifie de « professionnel » qui utilise des techniques similaires, malgré leur interdiction.
« Trop mécanique »
Pierre Garitte a admis avoir une approche du corps « trop mécanique » et a justifié son raisonnement en arguant qu'il recherchait avant tout des résultats pour soulager ses patients, au détriment du respect des méthodes en vigueur.
Bien que la première plainte ait été déposée en 2018, l’affaire n’a pris de l’ampleur qu’en 2020 avec une plainte pour viol d'une patiente. En examinant son carnet de rendez-vous, les enquêteurs ont découvert d'autres cas similaires.
« Cette affaire met en lumière une affection profonde : ces femmes ont fait confiance à un soignant, espérant que leur vulnérabilité serait protégée par l’éthique du soin », a déclaré Sendegul Aras, avocate de plusieurs patientes.
La présence d'un professionnel de santé sur le banc des accusés pour violences sexuelles reste rarissime, mais des voix comme celles d’Emmanuelle Piet, présidente du Collectif féministe contre le viol, constatent un changement progressif des mentalités depuis les dix dernières années.
« Que ça serve pour les autres »
Ces révélations s’inscrivent dans un contexte plus large de dénonciation des abus sexuels dans le secteur médical, comme le soulignent d'autres affaires apparues récemment. Sonia Bisch, présidente de l’association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, a critiqué la défense de l’accusé qui minimise ses actes, réaffirmant qu'il est inacceptable de justifier des abus par le consentement à un soin.
« Ce que souhaiterait ma cliente, c'est que ce procès fasse écho, qu'il serve à d'autres victimes, afin qu'elles sachent qu'elles ne sont pas seules », a indiqué Anne-Sophie Wagnon-Horiot, l’avocate d'une des patientes. Le refus de demander un huis clos vise à permettre aux témoignages de recueillir la voix de celles qui, par crainte ou culpabilité, n'ont pas osé parler.







