TRIBUNE. Ouvrons un débat qui a longtemps été tabou : est-il temps de déplacer la capitale politique et symbolique de l'Europe ? La réponse, selon Sébastien Boussois, semble une évidence.
Depuis des décennies, Bruxelles s'est peu à peu installée comme le centre bureaucratique de l'Union européenne. Un choix pragmatique, plus que passionnel, qui ne suscite guère d'enthousiasme. Initialement, Bruxelles pouvait paraître comme un compromis, un lieu neutre entre les grands pays européens. Mais en 2026, cette vision est-elle encore pertinente ?
Au regard de la désolation actuelle de Bruxelles, de la dégradation de son patrimoine et du délabrement de son espace public, on peut se demander si la ville mérite encore de porter ce titre. Les échos des propos de Donald Trump résonnent dans l'esprit de nombreux Européens qui voient désormais « Brux-hell » comme la réalité d'une ville qui ne peut plus incarner les idéaux de l'Europe.
La ville qui promettait l'unité européenne s'est transformée en un tableau de la division, reflet d'une capitale qui ne sait plus rassembler. Un véritable panorama de désespoir urbanistique : saleté chronique, trafic de drogues, insécurité latente et identité culturelle éclatée. Chez beaucoup, Bruxelles évoque aujourd'hui un espace temporaire sans vision, une vague image de désespoir.
Mais un tel problème n’est pas uniquement belge : il soulève des interrogations sur le sens même de notre capitale. Une capitale n’est jamais neutre : elle raconte quelque chose de la nation qu’elle représente. Que porte Bruxelles comme message ?
À l'opposé, des villes comme Paris, Rome, ou Vienne, racontent des histoires riches de culture, d'art et d'héritage. Alors que Bruxelles, avec son chaos administratif, semble plus un symbole d’inefficacité qu'un exemple de grandeur.
Même les observateurs extérieurs, qu’ils soient diplomates ou touristes, semblent souvent considérer Bruxelles comme une étape de passage plutôt qu’une destination de cœur. Ainsi, l’aéroport de Bruxelles-National et la gare du Midi, souvent décrits comme des lieux de désolation, accentuent cette perception négative.
Et si l’avenir du continent passait par un retour vers son cœur historique ?
Il est donc grand temps d'initier une discussion sur le déplacement de la capitale européenne. Revenir à un centre historique, tel que Vienne, pourrait bien être la clé. Vienne, avec sa beauté, son harmonie architecturale, pourrait symboliser un renouveau pour l'Europe. Cette ancienne capitale impériale, qui évoque des siècles de créativité et d’échanges intellectuels, contrebalance d’ailleurs la mise à mal de Bruxelles.
À côté, certaines voix se tournent vers Budapest. Ce choix symboliserait un retour à des racines plus profondes, une affirmation d'identité face à l'administration technocratique de l'Occident. Budapest, avec son patrimoine éclatant, incarne tout ce que Bruxelles ne sait plus offrir.
Et ne négligeons pas Prague, la splendide ville qualifiée par André Breton de « capitale magique de l’Europe ». Ces villes présentent des éléments d’un passé prestigieux que Bruxelles semble avoir oublié.
Déménager la capitale ne résoudrait pas tous les maux de l’Europe, certes, mais ce changement serait un signal fort d’un renouveau. Ce serait la première étape vers une Europe qui cesse d’être un simple projet administratif pour redevenir un projet culturel et civilisationnel. Comme l’évoquait Ernest Renan, une nation est avant tout un lien entre les individus. Il est temps pour l’Europe de redéfinir son identité et de se tourner vers un avenir qui respecte son héritage. Car une Europe qui ne sait plus où se trouve son cœur court le risque de perdre son âme.
Sébastien Boussois est docteur en sciences politiques, consultant et chercheur en géopolitique, collaborateur scientifique CNAM Paris, directeur de l’IGE (Institut Géopolitique Européen).







