Le cimentier et huit de ses anciens dirigeants connaîtront, lundi 13 avril 2026, leur décision pour financement présumé du terrorisme. Accusés d'avoir versé des fonds à des djihadistes pour maintenir leurs opérations en Syrie, leurs actions suscitent de nombreuses interrogations.
Le tribunal correctionnel de Paris est sur le point de rendre son verdict concernant Lafarge et huit de ses anciens hauts responsables, jugés pour leur rôle dans le financement du terrorisme. À un moment où d'autres entreprises ont quitté la Syrie, Lafarge a fait le choix controversé de rester, allant jusqu'à payer plusieurs millions d'euros à divers groupes djihadistes. « C’est l’histoire d’un dérapage tragique qui a conduit à soutenir des organisations terroristes pour des raisons commerciales », a déclaré le parquet national antiterroriste (Pnat) dans ses réquisitions de décembre dernier.
« Un choix ahurissant de cynisme »
Suite à son acquisition par le groupe suisse Holcim, Lafarge et ses responsables sont spécifiquement accusés d'avoir, entre 2013 et 2014, versé des sommes conséquentes à des factions djihadistes pour garder accessible leur cimenterie à Jalabiya, dans le nord de la Syrie. Ce choix, selon de nombreux observateurs, soulève de sérieuses questions éthiques.
Au cours du procès de novembre-décembre, la défense a tenté de dépeindre les actions de Lafarge comme une nécessité économique, visant à protéger ses salariés dans un environnement hostile. Christian Herrault, ancien directeur général adjoint de Lafarge, a soutenu : « Nous aurions pu partir, mais cela aurait mis en danger nos employés. » Cette posture a soulevé des doutes dans l'esprit des juges sur la réelle motivation derrière ces décisions.
Le tribunal a minutieusement exploré l'écheveau complexe des financements, notamment à travers un intermédiaire syrien, Firas Tlass, aux groupes comme l'État islamique et Jabhat al-Nosra. Les paiements effectués à ces entités qualifiées de « terroristes » auraient atteint près de 4,7 millions d'euros. Ceux-ci étaient destinés à garantir la sécurité des employés et à permettre le passage de marchandises à travers les barrages de la région.
Les prévenus ont évoqué un « racket », mais la présidente du tribunal, Isabelle Prévost-Desprez, a mis en lumière des communications internes de Lafarge qui évoquaient « des négociations » et « des accords ». Bruno Pescheux, directeur de la filiale syrienne de Lafarge entre 2008 et 2014, a expliqué : « Il faut comprendre qu'ils pensaient que la guerre ne durerait pas. »
Amende maximale requise
Dans ses réquisitions, le Pnat a absenté tout partage d’idéologie djihadiste chez les prévenus, mais a noté leur « absence de reconnaissance » et de « regrets ». Les procureures ont requis l’amende maximale de 1,125 million d'euros pour Lafarge, ainsi qu'une confiscation partielle de 30 millions d'euros. Concernant l'ex-PDG, Bruno Lafont, qui clame son ignorance des paiements, le parquet a requis six ans de prison, soulignant qu'il avait émis des directives pour maintenir l'activité de l'usine : « Un choix d'une froideur inacceptable. »
Finalement, malgré les millions investis, Lafarge a dû évacuer la cimenterie de Jalabiya le 18 septembre 2014 alors que l'État islamique avançait : cette dernière est tombée aux mains des djihadistes dès le lendemain. À noter, des victimes des attentats du 13 novembre se sont constituées parties civiles, considérant cette affaire comme un élément de la chaîne d'événements ayant conduit aux tragédies récentes en France.
Lire aussi







