La précocité du débourrement des bourgeons de vigne éveille les inquiétudes des viticulteurs, alors que le risque de gel printanier se profile, plongeant la région du Val de Loire dans une atmosphère de tension.
Sous une pluie incessante à Cravant-les-Côteaux, dans l'Indre-et-Loire, trois employés du domaine Bernard Baudry s'activent pour achever la taille de la vigne, avec un panorama caractérisé par le son mélancolique des sécateurs électriques. Louis, un des ouvriers, se confie : "Chaque pied de vigne nécessite une attention particulière pour déterminer les meilleures branches à conserver pour la récolte à venir." Cette approche, à la fois traditionnel et rigoureuse, reste inchangée quel que soit le mode de culture, qu'il soit conventionnel ou biologique.
"Cette parcelle est déjà bien en avance !", note Matthieu Baudry, responsable du domaine. Malheureusement, la combinaison d'un sol réchauffé et d'une météo hésitante a précocement avancé le débourrement, mettant les bourgeons à risque de gel. Les craintes sont palpables.
Un défi de taille
En effet, à Chargé, près d'Amboise, c'est une course contre la montre pour finaliser la taille des 105 hectares du domaine Plou & Fils. Frédéric Fourmont, le chef de culture, a déployé une douzaine d'ouvriers pour mener à bien cette tâche délicate. Pour sa part, Hermine de Clermont-Tonnerre, dirigeante du Clos du Porteau, a pris le risque de sous-traiter la taille de ses 7 hectares pour limiter les risques d’un gel précoce. "En décalant la taille, j'espère que mes vignes ne se réveilleront pas trop tôt," admet-elle, consciente de la pression qui pèse sur les vignerons cette saison.
Mathieu Plou évoque avec inquiétude : "On a eu chaud, très chaud, face aux vagues de gel passées qui ont décimé nos récoltes." Leur domaine s'est préparé avec des bougies et des éoliennes pour atténuer les effets du froid. En 2023, des mesures innovantes, telles que l’installation de turbines, seront mises en œuvre pour la protection de la vigne.
Par ailleurs, un dispositif d'aspersion, permettant de créer une pluie artificielle pour éviter le gel, a déjà été mis en place dans la vallée, confirmant sur le terrain l'engagement des vignerons à s'unir face à ces défis climatiques. Selon Matthieu Baudry, "90 % de la vallée est ainsi couverte par cette protection. Les viticulteurs ont décidé de collaborer et de ne plus subir passivement les aléas du climat."







