Les travaux sur ce sujet sont rares, mais il s'agit d'un phénomène que l'éducation nationale et la société semblent ignorer. D'après une étude du Céreq, un quart des lycéens occupent un emploi après les cours, le week-end ou pendant les petites vacances, et 56 % travaillent même durant les grandes vacances.
Ce chiffre grimpe à 30 % dans les lycées professionnels. À noter que les chiffres ne prennent pas en compte les élèves en alternance ou apprentissage, mais se concentrent sur ceux qui bossent parallèlement à leur formation sans aménagement.
Entre babysitting, restauration rapide, livraison et aide familiale dans divers secteurs, les jeunes trouvent des emplois parfois auprès de leur famille ou par le biais de réseaux personnels. Les chercheurs évaluent l'impact de toutes les formes de travail rémunéré, qu'elles soient déclarées ou non, dont certaines plus problématiques comme le trafic de stupéfiants ou la prostitution. Un sujet qui mérite un examen plus approfondi.
Thierry Berthet, directeur de recherche au CNRS, souligne que le travail commence souvent dès le collège. "On sait que beaucoup de jeunes entrent sur le marché du travail avant l'âge légal, ce qui pose la question de l'encadrement", explique-t-il à BFM Business.
un lien complexe entre travail et réussite scolaire
La généralisation de cette pratique est moins liée à un décrochage scolaire qu'à une fatigue persistante. Plus de 50 % des lycéens travaillent de manière régulière, soit au moins une semaine sur deux, et près de la moitié dépasse la barre de 10 heures par semaine.
"Il n'y a pas de lien direct entre le travail et le décrochage, cela dépend des individus et de leurs situations"
Thierry Berthet
Les recherches indiquent qu'au-delà de 12 à 15 heures de travail, le risque de décrochage scolaire augmente. Les experts continuent d'explorer comment le travail peut affecter les études de manière négative.
La gestion du temps est un enjeu crucial. Avec un emploi du temps chargé de 28 heures de cours par semaine, certains élèves doivent sacrifier leur temps libre ou leurs devoirs, ce qui peut engendrer un stress supplémentaire. "Quand le travail est subit, il peut devenir un véritable poids", conclut le chercheur.
le travail : un moyen d'indépendance
Chez les lycéens qui travaillent, toutes les catégories socio-professionnelles sont représentées. Thierry Berthet remarque que la volonté d'autonomie est palpable : "Les jeunes cherchent souvent à économiser pour des projets futures comme le permis de conduire ou l'accès à l'université".
"Il y a une quête d’autonomie très forte chez ces adolescents"
Thierry Berthet
Malgré une vision commune qui voudrait que les jeunes se consacrent entièrement à leurs études, cette réalité est souvent ignorée. D'après l'étude, quand les enseignants apprennent les proportions d'élèves concernés, la surprise est générale. "Ce décalage entre la réalité et la perception du monde éducatif pose question sur la prise en compte de ces jeunes travailleurs", résume Berthet.







