Les épargnants français se retrouvent dans une situation plus favorable que leurs voisins européens pour épargner, et cela a des répercussions sur la rentabilité des banques. Une étude récente d'Éric Dior, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, met en lumière cette dynamique.
Les produits d’épargne à faible risque, tels que les livrets A et les livrets de développement durable, affichent des taux d’intérêt globalement supérieurs à ceux des autres pays européens. En janvier 2026, le taux moyen en France se situe à 1,55 %, contre 0,68 % en Allemagne et 0,7 % en Belgique. Certains pays, comme le Luxembourg et l'Estonie, proposent des taux encore plus attractifs, respectivement 1,71 % et 2,3 %. Par ailleurs, le taux brut moyen des dépôts à terme en France (2,01 %) dépasse celui de nombreux pays européens.
Ce phénomène s'explique par un cadre politique et social en France où la question du pouvoir d'achat est primordiale. L'État veille à la protection de l'épargne des Français, en maintenant des taux réglementés attractifs face à l'inflation. Cependant, ces livrets d'épargne présentent des limites, comme des plafonds de dépôt assez bas, et restent moins rémunérateurs comparés à d'autres produits financiers, tels que l'assurance-vie ou les comptes-titres.
En matière de crédits, la France offre également des conditions avantageuses pour les prêts immobiliers et à la consommation. Par exemple, en janvier 2026, le taux d’intérêt moyen pour les nouveaux prêts immobiliers résidentiels s'établissait à 3,05 % en France, nettement inférieur à celui de l'Allemagne (3,76 %) ou de la Lettonie (3,89 %). Cette situation résulte de la stratégie de taux fixes instaurée pour les crédits immobiliers, ce qui favorise une concurrence accrue entre les banques. En revanche, d'autres pays optent pour des taux variables, moins bénéfiques pour les emprunteurs.
Une rentabilité compromise pour les banques
Cependant, ces avantages pour les épargnants ont des conséquences négatives sur la rentabilité des banques françaises, qui voient leurs marges se réduire. Éric Dior évoque une "rentabilité médiocre" des banques françaises, qui est confirmée par les chiffres du quatrième trimestre 2025, montrant une marge nette d’intérêts de 0,93 %, la plus faible de la zone euro. La Slovénie, quant à elle, affiche la meilleure performance avec 3,11 %.
"La faible marge nette d’intérêt pèse sur la profits. Les statistiques de la BCE indiquent que les banques françaises et allemandes affichent en moyenne les rentabilités les plus faibles de la zone euro", souligne ainsi l'étude.
Au même moment, le taux de rendement des capitaux propres des principales banques françaises se chiffre à 6,4 %, le deuxième plus bas après l'Allemagne (6,38 %), tandis qu'au Portugal, ce taux s'élève à 15,37 %.
Eric Dior prédit que les mois à venir pourraient continuer à aggravern cette situation. Les hausses de taux d'épargne au cours des crises inflationnistes passées (2021-2023) pourraient en être la cause.
"La récente hausse des prix, en particulier des carburants, est susceptible de favoriser une nouvelle inflation et pourrait amener la BCE à augmenter à nouveau ses taux directeurs", précise l'analyse. Cela signifierait possiblement une montée des rendements de l’épargne, ce qui soumettrait les banques à une pression financière croissante.
Pour compenser la perte de rentabilité, les banques vont explorer d'autres voies de revenus, notamment à travers les frais appliqués à leurs clients ou les contrats d'assurance.







