Le prix du pétrole a brièvement dépassé les 100 dollars le baril jeudi, soulevant des inquiétudes quant à un possible choc inflationniste sur les marchés. Les Bourses sont sous pression alors que les investisseurs redoutent les conséquences d'une telle flambée des prix.
À 11H10 GMT, le baril de Brent, référence mondiale, affichait une hausse de 4,96% à 96,54 dollars, après avoir atteint plus de 100 dollars en séance asiatique. Le WTI, son homologue américain, a également progressé de 4,42% pour atteindre 91,11 dollars.
Les pays du Golfe réduisent actuellement leur production d'au moins 10 millions de barils par jour, conséquence directe des tensions au détroit d'Ormuz. Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), cette situation représente « la plus importante perturbation » des approvisionnements en pétrole que le marché ait connue.
Avant la guerre au Moyen-Orient, environ 20 millions de barils de brut passaient quotidiennement par ce détroit, un chiffre dramatiquement réduit à l'heure actuelle.
En réponse à la flambée des prix, les 32 pays membres de l'AIE ont annoncé le déblocage d'un record de 400 millions de barils de leurs réserves stratégiques. Cependant, Stephen Innes, gérant chez SPI AM, qualifie cette décision de tentative vaine, déclarant : "Pointer un tuyau d’arrosage vers un incendie de raffinerie ne règlera pas le problème sous-jacent".
L'Iran intensifie les attaques contre les infrastructures pétrolières des pays voisins, compliquant encore plus une situation déjà tendue. Depuis le début des hostilités entre les États-Unis, Israël et l'Iran, le conflit a pris une ampleur régionale, menaçant gravement les chaînes d'approvisionnement mondial.
John Plassard, responsable de la stratégie d'investissement de Cité Gestion Private Bank, souligne que "près de 20 % du pétrole mondial transite par le détroit d'Ormuz, ce qui révèle que la question principale est logistique et non seulement liée aux stocks".
- Les taux d'emprunt en hausse -
L'inquiétude face à cette nouvelle réalité a également fait grimper les taux d'intérêt sur les emprunts d'État en Europe. Le taux d’emprunt allemand à 10 ans a atteint 2,93%, un sommet inégalé depuis octobre 2023, tandis que le taux français s'établissait à 3,58%.
Cette situation s'explique par la forte dépendance de l'Europe aux importations d'énergie. Guy Stear, responsable de la stratégie pour les marchés développés chez Amundi Investment Institute, rappelle que "le Vieux continent est particulièrement vulnérable face à la hausse des coûts énergétiques".
- Des Bourses fébriles -
Malgré ces tensions, la réaction des marchés boursiers reste modérée par rapport aux fluctuations des marchés obligataires, plus réactifs aux menaces inflationnistes, souligne Kathleen Brooks. À 11H10 GMT, la Bourse de Paris enregistrait une perte de 0,51%, suivie par Francfort (-0,11%), Londres (-0,45%) et Milan (-0,60%).
Du côté de Wall Street, les contrats à terme sur les principaux indices doivent également composer avec l'incertitude actuelle, le Nasdaq perdant 0,41%, le S&P 500 0,48% et le Dow Jones 0,62%.
En Asie, la situation était tout aussi préoccupante, avec le Nikkei de Tokyo en baisse de 1,04%, le Hang Seng de Hong Kong perdant 0,70% et le Kospi de Séoul cédant 0,48%.
Malgré tout, Kathleen Brooks conclut que "la situation au Moyen-Orient n'a pas encore provoqué un krach sur les marchés mondiaux, mais la vigilance reste de mise".







