Entre l'appel d'Emmanuel Macron et un rapprochement inattendu avec Washington, la Biélorussie cherche à briser son isolement international. Alexandre Loukachenko, le président biélorusse, s'illustre dans ce jeu diplomatique délicat, visant à se positionner comme un médiateur tout en restant sous l'ombre russe.
Un dimanche au bureau d'Alexandre Loukachenko : son téléphone sonne. Au bout du fil, Emmanuel Macron, Président français, avec qui il n'avait pas échangé depuis près de quatre ans. Dans cette conversation, le dirigeant français a encouragé son homologue à se libérer de l'emprise moscovite qui se fait sentir dans la guerre en Ukraine.
Bien que Minsk prétende que cette discussion est survenue à l'initiative française, il est indéniable qu'un rapprochement avec les alliés de Kiev semble se dessiner. La Biélorussie, ayant contribué à l'invasion russe en 2022, veut maintenant montrer son ouverture.
Un rapprochement avec Washington
Ce rapprochement prend de l'ampleur, notamment avec Washington. En mars dernier, après de longues négociations, Minsk a libéré 250 prisonniers politiques en échange d'une levée partielle des sanctions américaines par John Coale, émissaire de Donald Trump. De plus, le pays a exprimé son désir de rejoindre le Conseil de paix fondé par Trump, affirmant être prêt à jouer un rôle actif dans la réorganisation de la sécurité régionale.
Le 21 mai dernier, Loukachenko a déclaré l'existence d'un "dialogue spécifique avec les Américains", tandis que Washington incite Kiev à lever certaines restrictions sur les importations de potasse biélorusse.
Quelle place pour le Béalorus ?
Sur la scène ukrainienne très surveillée par la Maison-Blanche, Loukachenko se présente en tant que conciliateur entre Kiev et Moscou. Anna Colin-Lebedev, spécialiste des sociétés postsoviétiques, évoque le rôle passé du Béalorus en tant que médiateur : "C'est une position qu'il a occupée précédemment, notamment en 2015 entre l'Ukraine et la Russie." Toutefois, son objectif semble moins être de favoriser la paix que de se rendre indispensable pour lever les sanctions occidentales tout en conservant le soutien de Moscou.
L'Ukraine se méfie
Minsk cherche à se défaire de son image de paria et de l'influence russe, mais cela suscite des inquiétudes en Ukraine. Le Kremlin surveille de près Loukachenko, comme en témoigne la récente présence des forces russes en Biélorussie pour des exercices militaires. En contrepartie, Minsk profite d'un soutien financier et en ressources énergétiques de la Russie.
Les autorités ukrainiennes, conscientes de ce double jeu, restent vigilantes. Le 20 mai, l'agence Ukrinform a rapporté la pression exercée par Moscou sur Minsk, poussant l'Ukraine à renforcer ses positions aux abords de la frontière biélorusse.







