Jean-Loup Delmas, Marie-Laure Ngono
L'essentiel
- Près de 50 % des Français réduisent leurs achats de produits d’hygiène sur fond de précarité, révèle l'Ifop.
- S'il est souvent négligé, le besoin d'hygiène reste primordiale et se heurte aux priorités alimentaires.
- Les produits d’hygiène, notamment la lessive, ont subi une hausse de + 16 % depuis 2022, plus que l'inflation générale.
À Saint-Ouen,
Dans une épicerie solidaire de Saint-Ouen, Alya*, un des bénéficiaires, y trouve des pâtes et un gel douche. Ce dernier est son seul produit d’hygiène, qu’elle utilise aussi comme shampoing. « Avec 15 euros, la priorité est de me nourrir », dit-elle. L'arbitrage entre alimentation et produits d'hygiène est de plus en plus fréquent.
Le malaise lié à la précarité hygiénique s'aggrave, car nombreux sont ceux qui ne peuvent se procurer des essentiels tels que le savon ou les couches. Dominique Besançon, de l’association Dons Solidaires, souligne que cette problématique reste dans l'ombre des urgences alimentaires. Chaque semaine, 80 % des courses faites par les bénéficiaires sont des aliments, le reste étant des articles d'hygiène.
4 millions de Français font l’impasse sur des produits
Un rapport d’Ifop révèle que près de 50 % des Français réduisent leur consommation d'articles d'hygiène en raison de contraintes financières. Huit millions de Français, représentant 16 % de la population, doivent désormais choisir entre nourriture et hygiène.
Sur les quatre millions qui passent à côté de produits essentiels comme le dentifrice ou le shampoing, Safia*, une bénéficiaire, admet : « On privilégie l'essentiel. » La hausse considérable des prix en matière d'hygiène rend ces achats presque impossibles, amplifiant le sentiment d'urgence vis-à-vis des besoins alimentaires.
Une précarité hygiénique de plus en plus massive
Pour Badra, autre bénéficiaire, les frais de lessive sont devenus insoutenables. Lavinia, bénévole, confirme que ces produits, pourtant cruciaux, sont devenus rares en épiceries solidaires. À cette fin, un maximum d’un article d'hygiène par catégorie est distribué par personne pour éviter les pénuries.
Dominique Besançon constate que cette précarité touche de plus en plus de familles, y compris des foyers monoparentaux et des travailleurs sous-payés.
« C’est de l’hygiène, on ne peut pas rationner »
Les bénéficiaires improvisent souvent pour économiser : amener leur propre lessive à la laverie ou utiliser des solutions peu coûteuses. Mais la nécessité d'avoir un minimum d'hygiène ne laisse guère de place à ces économies. Badra résume : « On ne peut pas priver les enfants de leurs soins d'hygiène. »
Les conséquences sont palpables, avec 28 % des touchés qui évitent les rencontres, 25 % qui négligent leurs activités sportives et 18 % qui s'absentent d'entretiens d'embauche. « Bien sûr, se nourrir est primordial, mais la dignité n'a pas de prix », conclut Safia.
*Prénoms modifiés.







