Alors que la résolution du conflit en Iran repose sur un accord portant sur le programme nucléaire de Téhéran, le sort de son stock d’uranium enrichi soulève de vives inquiétudes. Sa localisation et son niveau précis d’enrichissement demeurent flous. Peut-il être transféré vers un pays tiers ou aplani à des niveaux considérés comme sécuritaires ? Décryptage des enjeux clés.
Quid du stock d’uranium iranien ?
Les dernières données diffusées par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) avant le conflit de juin 2025 ont révélé que l'Iran possédait 441 kg d’uranium enrichi à 60 %, frôlant ainsi le seuil de 90 % requis pour la fabrication d'armes nucléaires, ainsi que 180 kg à 20 % et plus de 6 000 kg à 5 % d’enrichissement. Les sites en question incluent Fordo, Natanz et Ispahan.
Depuis les frappes israélo-américaines en 2025 et cette année, l'agencement de ce stock reste incertain, l’absence d’inspection de l’AIEA n’arrangeant rien. Téhéran affirme que l’uranium est enfoui, mais des sources occidentales interrogent la possibilité qu’il ait été déplacé ou détruit. De plus, des doutes subsistent sur l’installation éventuelle de sites clandestins.
La garantie d’un retour des inspecteurs de l’AIEA est donc cruciale avant toute négociation, estiment plusieurs diplomates européens. Des informations américaines et israéliennes évoquent un stock de 1200 kg enrichis à 20 %, divergence énorme par rapport aux chiffres de l’AIEA.
Héloïse Fayet, chercheuse à l'Institut français des relations internationales (Ifri), souligne : "Il n’existe pas d’utilisation civile de l’uranium au-delà de 20 %. En dehors d’un usage civil, des niveaux d’enrichissement plus élevés suscitent des craintes concernant le développement d'armes nucléaires, une allégation que Téhéran réfute, défendant son droit à l’enrichissement à des fins pacifiques.
L’option du déménagement
Le président américain Donald Trump a annoncé que l'Iran pourrait se préparer à transférer une partie de son stock d’uranium à l’étranger. "Il y a de très bonnes chances que nous parvenions à un accord", a-t-il déclaré. En cas d'accord, le déménagement d’une partie du stock enrichi pourrait se concrétiser.
Un précédent datant de 2015 avait vu l'iranien enrichi transféré en Russie, selon Fayet. Néanmoins, les conditions géopolitiques actuelles diffèrent significativement de celles de 2015, ajoutant de la complexité à la relation entre les États-Unis et la Russie, tout comme à la question des volumes d’uranium iraniens concernés.
La Russie a manifesté sa volonté de participer à cette réallocation, mais cela reste à concrétiser, selon les récents échanges diplomatiques.
L’option de la dilution
Selon une source diplomatique iranienne, la dilution de l’uranium au sein du pays a été proposée. Quels pourraient être les mécanismes de cette opération ? Pourrait-elle se faire sous le contrôle d’inspecteurs de l’AIEA ou d’experts américains ?
À Paris, il est estimé que la dilution sous surveillance de l’AIEA pourrait faciliter le retour des inspecteurs et instaurer une forme de transparence, réduisant ainsi la menace potentielle d’enrichissement militaire. Un enrichissement en dessous de 5 % contribuerait à réduire considérablement les risques.
Néanmoins, selon Fayet, il existe un consensus fragile autour des modalités de dilution. "Tout dépendra de l'acceptation par les États-Unis de permettre à l'Iran d’enrichir sur son territoire," avertit-elle.
Les Européens s’accordent à dire que peu importe l’option choisie, cela constituera seulement le début de longues négociations. Il est impératif de définir un cadre rigoureux pour le programme nucléaire iranien à long terme, compte tenu du savoir-faire qui demeure, malgré les revers subis par le programme.
"Le renoncement complet de l'Iran à un programme nucléaire est désormais impossible", conclut Fayet. "Cependant, il est essentiel de le contrôler et de le limiter.”







