Les aliments ultra-transformés représentent un danger pour notre santé, mais les envies de ces produits deviennent parfois incontrôlables. Sont-ils réellement addictifs ? Des spécialistes apportent des éclairages précieux.
Que ce soit sous forme salée ou sucrée, ces aliments séduisent souvent par leur goût irrésistible. D'après l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), ils constituent aujourd'hui près d'un tiers de nos apports caloriques quotidiens. Leur préparation implique des procédés complexes et l'ajout d'additifs qui altèrent leur qualité nutritionnelle, tout en rendant leur consommation addictif.
Le docteur Chris van Tulleken, auteur du livre Ultra-Processed People, révèle qu'entre 10 et 20 % des consommateurs d'aliments ultra-transformés développent une forme de dépendance, des chiffres comparables à ceux constatés pour l'alcool ou le tabac.
Une prise de conscience difficile à gérer
La première indication de dépendance est la connaissance des dangers de ces aliments, sans parvenir à s'en défaire. Comme l'explique le docteur van Tulleken, "si vous reconnaissez que quelque chose est nuisible et que vous continuez malgré vos efforts pour arrêter, c'est une addiction".
Tera Fazzino, chercheuse principale d'une étude de 2023, explique que les aliments ultra-transformés créent des combos addictifs de nutriments, rendant leur consommation difficile à freiner. Ces produits, souvent riches en graisses, sucres et sels, stimulent notre appétit de manière inédite.
La perte de contrôle sur les portions
Régulièrement finir un paquet de chips ou de biscuits, sans s'en rendre compte, peut être un signe de dépendance. Cette "perte de contrôle" est un critère clé identifié par l'échelle de dépendance alimentaire de Yale (YFAS). En effet, ces aliments activent notre système de récompense cérébral, créant un cycle difficile à briser.
Une étude de 2020 publiée dans le BMJ souligne que la consommation de glucides raffinés et de graisses peut augmenter les niveaux de dopamine, l'hormone du bonheur, de manière équivalente à certaines drogues.
Envies irrésistibles et besoin de modération
Il est normal d'avoir des désirs alimentaires, mais des envies intenses pour les aliments riches en graisses, sucres ou sels peuvent signaler une dépendance. Le docteur Ashley Gearhardt, psychologue à l'Université du Michigan, confirme que ces envies peuvent freiner les efforts pour adopter une alimentation plus saine, en activant des circuits cérébraux similaires à ceux influencés par des substances comme l'alcool.
Gearhardt déclare que "le cerveau humain n'est pas adapté pour gérer la distribution accroissante de ces ingrédients addictifs, rendant la régulation des portions difficile".







