Victimes de leur immense popularité, les magnifiques cerisiers du Japon du domaine départemental de Sceaux subissent la pression d'une affluence toujours croissante. Pour la première fois, le Département a mis en place un système de réservation gratuit pour profiter de la floraison prévue du 4 au 19 avril.
Dans les allées ombragées de la plaine de Châtenay, les bourgeons peinent encore à éclore. Toutefois, l'attente de ce spectacle naturel attire déjà les conversations. À l'approche d'Hanami, la ritournelle de la contemplation florale, les accès aux cerisiers ne seront plus libres comme par le passé.
Cette nouvelle mesure a déjà suscité des réactions contrastées. Claire, ostéopathe ayant grandi à proximité, exprime son désarroi : « Depuis quelques années, le lieu a perdu de sa tranquillité. Imposer une réservation dans un parc public est une atteinte à notre liberté. Je ne me donnerai même pas la peine de réserver. »
Une affluence qui atteint des sommets
D'un autre côté, des résidents comme Vassili, promeneur de chiens, relativisent la situation : « C’est la rançon de la gloire. Avec tant de monde qui vient célébrer cette tradition, il est compréhensible de mettre en place des limites. » Jérôme et Chantal, un couple de retraités, s’accordent à dire : « Protéger les arbres est impératif ; ils ne supportent plus cet afflux incessant. »
Le succès d'Hanami constitue un véritable enjeu pour la pérennité des cerisiers. Éric Goulouzelle, responsable de la nature et des paysages au sein du conseil départemental, révèle que la fréquentation a explosé, passant de 330 000 visiteurs en 2014 à 560 000 en 2025. Un dimanche dernier, 66 000 personnes ont convergé vers le domaine en une journée !
La pérennité des arbres en jeu
Cependant, un tel engouement entraîne de lourdes conséquences pour ces arbres, plantés après la Seconde Guerre mondiale. Un diagnostic effectué par des experts de l'Agence de l'arbre a mis en lumière un problème majeur : le piétinement répété pénalise les racines, les empêchant de respirer. Plus alarmant encore, la présence de champignons dans le sol se révèle de plus en plus préoccupante pour les racines affaiblies.
« Il n’y a pas d’autre choix. Pour protéger ces merveilles et assurer leur visibilité, cette jauge est indispensable, » insiste Éric Goulouzelle. Pour lui, il faut que la contemplation reste la priorité, avec une affluence contrôlée.
La floraison est attendue entre le 4 et le 19 avril, et les réservations gratuites ouvriront le 15 mars sur le site officiel, limitant l'accès à 3 500 personnes par jour, tandis que les cerisiers blancs, plantés plus récemment, ne seront pas soumis à ces restrictions.
Une nouvelle organisation en perspective
Pour éviter que les places ne s'envolent en un clin d'œil, le Département a prévu de libérer 40 % des billets dès le 15 mars, puis 60 % supplémentaires au fil des jours. Des agents seront présents au niveau des barrières pour vérifier les réservations et, si la capacité le permet, des visiteurs pourront entrer sans réservation.
Pour adoucir cette transition, le conseil départemental rappelle que la déambulation dans les allées sera toujours libre et gratuite. Des animations, telles que des démonstrations de cerfs-volants japonais et des récits traditionnels, enrichiront l'expérience des visiteurs durant la période d'Hanami.
Cette réforme semble destinée à perdurer. « Je doute que la fréquentation diminue significativement. Nous devrions continuer ce système de réservation d'année en année, » conclut le directeur de la nature et des paysages.







