Mercredi à Verdun, un tribunal a décidé de mettre en délibéré au 20 mai la décision sur l'amende de 5.000 euros requise contre Jacques Boncompain, l'organisateur d'une messe en hommage à Philippe Pétain. Accusé de "contestation publique de crime contre l'humanité", il a affirmé que le chef du régime de Vichy avait "sauvé" des juifs, suscitant de vives réactions.
Boncompain, président de l'Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), a déclaré que ce procès était "insupportable". S'adressant aux juges, le prévenu de 84 ans a lancé : "Rendez-moi mon honneur!" À la sortie de la messe qu'il avait organisée dans une église de Verdun, il décrivait Pétain comme le "plus grand serviteur de la France du XXe siècle".
Le rassemblement avait attiré environ une centaine de manifestants s'opposant à cette commémoration, ainsi que de nombreux journalistes. Lors de l'événement, Boncompain a affirmé, selon une vidéo rapportée par L'Est républicain, que Pétain avait "sauvé, devant témoins, au moins 700.000 juifs." Cette déclaration a été vivement critiquée par Delphine Moncuit, procuratrice de la République, qui a fustigé un "négationnisme" et un "révisionnisme" cherchant à réhabiliter le régime de Vichy.
Bien que Boncompain ait un casier judiciaire vierge et soit affligé de problèmes de santé, la procureure a annoncé ses raisons de requérir une amende, évoquant également une altération de son discernement. La plaidoirie de Me Julien Bensimhon, avocat de la Licra et de l'Observatoire juif de France, a rappelé que de tels propos pourraient encourager des révisions historiques dangereuses, surtout en période d'augmentation de l'antisémitisme.
Le prévenu, tout comme ses témoins, n'a nié ni contesté ses déclarations, mais a plutôt cité des historiens défendant la thèse que Pétain avait "protégé les juifs français", une vision largement rejetée par les experts. Me Bensimhon a souligné que minimiser le nombre de juifs sauvés revient à nier la souffrance des 80.000 juifs morts durant cette période tragique.
La défense, incarnée par Me Frédéric Pichon, a exprimé ses réserves sur la comparution de Boncompain, qualifiant d'"injuste" de traîner "un vieillard leucémique" devant la justice. Pichon a assuré qu'il n'y avait pas une once de malveillance dans les intentions de Boncompain, qui s'est intéressé à Pétain seulement dans ses dernières années, selon ses déclarations.
Philippe Pétain, surnommé "vainqueur" de la bataille de Verdun, a dirigé le régime de Vichy après avoir collaboré avec l'Allemagne nazie. Condamné en 1945, il a été privé de ses droits nationaux et est mort en détention en 1951.







