Ce vendredi, les avocates générales s'apprêtent à présenter leurs réquisitions contre quatre accusés liés à l'assassinat de Samuel Paty, un professeur décapité par un islamiste radical pour avoir illustré son cours sur la liberté d'expression avec des caricatures du Prophète Mahomet.
Le verdict initial, prévu pour vendredi, a été reporté à lundi, concluant cinq semaines de débats tumultueux autour de ce crime survenu le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines). Abdoullakh Anzorov, l'auteur du crime, âgé de 18 ans, a été abattu par la police après l'attaque.
Trois hommes et un parent d'élève, condamnés en première instance pour leur rôle dans cette tragédie, se retrouvent de nouveau devant la justice. Brahim Chnina, 54 ans, et Abdelhakim Sefrioui, 66 ans, sont accusés d'avoir orchestré une campagne de haine en ligne contre le professeur. En 2021, ils avaient été respectivement condamnés à 13 et 15 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste.
Les proches d'Anzorov, Naïm Boudaoud, 24 ans, et Azim Epsirkhanov, 25 ans, sont jugés pour complicité d'assassinat. Bien qu'ils aient été condamnés à seize ans de prison, ils maintiennent ne pas avoir eu conscience de la préparation du crime.
Brahim Chnina a exprimé ses regrets quant à la campagne en ligne, tandis qu'Abdelhakim Sefrioui défend sa position, arguant que les caricatures touchent à l'identité des musulmans. Ces deux accusés confirment que leur campagne n'était pas motivée par le blasphème, en dépit des tensions qui entouraient la publication des caricatures dans Charlie Hebdo.
À l'époque, la menace d'Al-Qaïda pesait sur la France, exacerbée par les récentes violences, dont une attaque jihadiste à Paris. Les arguments de défense de Sefrioui évoquent la stigmatisation d'élèves musulmans, alors que Chnina évoque la colère pour défendre sa fille, anciennement élève de Paty, qui avait prétendu, sans fondement, qu'il avait demandé aux élèves musulmans de quitter la classe.
Malgré ces défenses, les témoignages de proches et des preuves vidéos soutiennent l'accusation, qui maintient que les deux hommes savaient que leur campagne pouvait engendrer des violences mortelles. La défense contre-attaque, arguant qu'une confirmation de condamnation élargirait indûment les interprétations de l'association de malfaiteurs terroriste.
Les débats, marqués par des interruptions fréquentes et des tensions, ont mis en exergue des contestations sur l'impartialité de la cour, entraînant le retrait de deux magistrates. Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a même pris l'initiative d’écrire à la cour pour exprimer son opinion sur la culpabilité des accusés, ce qui a alimenté les préoccupations de la défense en vue d'un éventuel pourvoi en cassation.







