« Je me regardais dans le miroir et je pleurais. C’était trop difficile à accepter pour moi. Je pensais que c'était ce à quoi je devais renoncer », révèle Sabrina. Après un diagnostic de cancer du sein, elle a consulté plusieurs spécialistes, mais le verdict a été accablant : des complications chirurgicales rendaient la reconstruction mammaire impossible. Alors qu'elle lut des extraits de ses propres récits à travers les sketches de Roman Frayssinet, Sabrina a découvert l'existence de l'association bordelaise Sœurs d’encre sur les réseaux sociaux.
À l'occasion d'Octobre rose, le mois de sensibilisation au cancer du sein, l'association encourage les tatoueuses à offrir des sessions de tatouage gratuites aux femmes qui se sont battues contre la maladie. La démarche, nommée Rose Tatoo, a incité Sabrina à se porter candidate. Aujourd'hui, elle ne regrette pas ce choix qu'elle a fait l'année passée.
Pour l'événement, Sœurs d’encre a investi un hôtel à Bordeaux, réunissant tatoueuses et futures tatouées venues de toute la France. « Nous étions une vingtaine de femmes à attendre, l'ambiance était presque magique », se souvient-elle. La tatoueuse Laure Praxiis, venue de Nantes, a réalisé le tatouage que Sabrina avait toujours imaginé. Dès leur rencontre, elles se sont prises dans les bras, marquant le début d'une transformation. « Je n'ai pas souffert, c'était comme si mon corps était en harmonie avec le tatouage », témoigne Sabrina, qui a désormais retrouvé le plaisir de porter des vêtements décolletés.
Une démarche méconnue
Nathalie Kaïd, présidente de l’association Sœurs d’encre, est à l'origine de Rose Tatoo. « Je me rappelle l'émotion palpable de Sabrina lorsqu'elle a découvert son tatouage : elle était très émue », confie Nathalie. Photographe, elle a créé l’association après avoir observé une exposition sur les femmes ayant subi une mastectomie. « Ces corps marqués ont laissé une empreinte en moi », dit-elle. Lorsqu'une femme lui a raconté que le tatouage était sa forme de reconstruction, Nathalie a décidé d'initier le projet à la Maison RoseUp à Bordeaux, en partenariat avec l’Institut Bergonié. Depuis 2016, Rose Tatoo permet aux femmes de retrouver amour et confiance en elles.
Pour bénéficier de cette initiative, certaines conditions sont imposées. Les participantes doivent attendre au moins dix-huit mois après leur chirurgie et un an après la fin de leur traitement, garantissant ainsi que le processus soit sécuritaire, grâce à l'appui d'oncologues. Plusieurs événements sont déjà prévus cette année à Bordeaux et Paris, et l'association est toujours ouverte à de nouvelles candidatures.
Comme un renouveau
Pour Sabrina, l'histoire commence avant l'été 2019, lorsqu'elle ressent une anomalie au sein gauche. Malgré les signaux d'alerte, les médecins la rassurent. Ce n’est qu’après des examens complémentaires qu’un cancer est diagnostic. Elle a ensuite évité la chimiothérapie. En 2023, c'est la double mastectomie qui lui est imposée, laissant derrière elle des cicatrices invisibles mais bien réelles.
Aujourd'hui, à 46 ans, Sabrina a regagné confiance grâce à son tatouage. Elle a également posé pour un photographe local, Jean-Michel Boursier, torse nu, et a inspiré l'artiste Jean-Christophe Labrue à réaliser un tableau en son honneur. « C'est merveilleux d'être ainsi mise en lumière », dit-elle, rayonnante. Elle commence même à se considérer comme une écrivaine, mettant en mots des récits imaginaires tirés de sa propre vie.
Son tatouage symbolique, un grand livre ouvert entouré de petits livres, deux soleils et un océan, représente sa renaissance. Sabrina voit dans cette création non seulement un art, mais aussi une forme de thérapie, un moyen de guérir les blessures laissées par la mastectomie.







