Le 26 juillet 1983, Marylise Spicher a été tragiquement assassinée dans son domicile à Amiens, victime de trente coups de couteau. À l’âge de six ans, sa fille Katy Spicher a vu son enfance bouleversée, un deuil impossible et une quête de vérité qui perdure. Ses avocats, Mes Anaïs Gallanti, Stéphane Diboundje et Pascal Bibard, soulignent que cette affaire, qualifiée de « cold case », engendre depuis des décennies une « souffrance psychologique profonde » et un « sentiment d’abandon institutionnel ».
Katy Spicher a récemment engagé des poursuites contre l'État devant le tribunal judiciaire de Paris, dénonçant un « déni de justice » et une « faute lourde » de la part des autorités. Les avocats de Katy font état des « dysfonctionnements » de la justice, ayant conduit à une ordonnance de non-lieu délivrée dès 1988 de manière hâtive, alors même qu’un membre de la famille avait avoué être impliqué dans le meurtre, avant d'incriminer d’autres proches.
Les conseils de Katy soulèvent de graves interrogations sur la gestion de cette affaire, notamment : « comment peut-on clore un dossier aussi sanglant et non résolu après cinq ans sans avoir tout mis en œuvre pour identifier le ou les auteurs ? » Plus inquiétant, ils soulignent que durant ses années d’enfance, elle n’a pas eu l’opportunité de faire valoir ses droits en tant que partie civile.
Les avocats pointent également l'absence de toute initiative de la part de la justice pour protéger ses droits tout au long de l’enquête et pendant son adolescence. En 1995, une demande d'accès au dossier a été refusée, évoquant des motifs jugés peu pertinents.
Un refus explicite de réouverture
Face à ces enjeux, Katy Spicher réclame aujourd’hui 375 000 euros à l'État pour préjudice moral et psychologique, perte de possibilité de défense, atteinte à son droit à un recours effectif et préjudice patrimonial. « Chaque démarche judiciaire ravive des traumatismes », précisent ses avocats.
Des informations récentes évoquent la découverte de « témoignages nouveaux et précis » en 2025. Cependant, un refus clair de réouverture de l’enquête a été opposé par le parquet d’Amiens, selon un courrier reçu le 24 décembre 2025.
Les années écoulées sont marquées par des réponses souvent ambiguës de la justice, tant sur les demandes d’accès au dossier que sur les possibilités de réouverture. Jean-Philippe Vicentini, procureur de la République d’Amiens, a récemment indiqué qu'il n'était pas opposé à rouvrir l'affaire, mais qu'aucun motif juridique ne soutenait une telle décision pour l'instant.
Cette affaire rappelle le cas de Marie-Thérèse Bonfanti, dont le meurtre, survenu en 1986, a été prescrit malgré les aveux d’un voisin. En réponse, le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a exprimé son souhait d’abroger la prescription pour les crimes de sang, une question cruciale qui suscite de vifs débats en France.







