La petite commune de Bayac, située au sud de Lalinde en Dordogne, est redevenue propriétaire de 43 hectares de forêt acquis à la Ville de Paris. La transaction, conclue le 9 décembre dernier pour 83 000 €, marque la volonté municipale de préserver ce massif boisé qui borde le village du Périgord pourpre.
Un achat motivé par la protection du paysage et des usages locaux
Annick Carot, maire de Bayac, explique qu'il s'agissait d'anticiper la mise en vente et d'éviter une commercialisation anarchique : la commune voulait empêcher les coupes rases ou l'installation d'infrastructures inadaptées. Dans un article de France Bleu, l'élue rappelle qu'un important attachement local existe autour de ces bois, souvent empruntés par les habitants.
Histoire partagée avec la capitale
Pendant des décennies, la Ville de Paris a conservé sur place une cinquantaine d'hectares et le château de Bayac, où étaient organisés des séjours pour enfants venus de la capitale. Christian, un habitant, se souvient que ces colonies faisaient vivre le secteur; selon ses souvenirs, les accueils scolaires ou de colonies ont toutefois disparu depuis près de vingt ans. Paulette, 98 ans, qui travaillait au château lors de ces séjours, évoque la transformation possible du bâtiment en hôtel ou en établissement pour personnes âgées — le château et une dizaine d'hectares restant doivent être mis en vente par la Ville de Paris d'ici la fin de l'année, selon la mairie locale.
Une protection encadrée par une obligation réelle environnementale
La cession s'accompagne d'une obligation réelle environnementale (ORE) de 99 ans fixée par la Ville de Paris, destinée à garantir la protection des fonctions écologiques du site. Concrètement, Bayac s'engage à préserver les peuplements forestiers, à ne pas installer de panneaux photovoltaïques sur ces parcelles et à s'abstenir de coupes rases qui nuiraient à la biodiversité.
Des spécialistes contactés pour commenter cette mesure estiment qu'une ORE de longue durée est un outil efficace pour assurer la pérennité des habitats forestiers. Un technicien de l'Office national des forêts (ONF) rappelle que la gestion communale, si elle est bien encadrée, permet souvent d'équilibrer usages humains et services écologiques (préservation des sols, corridors pour la faune, polyvalence récréative).
Des projets pour entretenir et valoriser le site
La municipalité indique qu'elle travaille sur ce dossier depuis plusieurs années et a mis des fonds de côté pour finaliser l'achat. Au-delà de la protection, Bayac prévoit d'entretenir la futaie, d'ouvrir et baliser des chemins de randonnée, de proposer des parcours d'orientation et d'aménager et sécuriser le site d'escalade du rocher du « Petit Corbeau ». La commune espère ainsi intégrer ce secteur au parcours du Dordogne Périgord Trail et attirer des pratiques de plein air respectueuses de l'environnement.
Réactions locales et perspectives
Pour les habitants, la reprise en main par la commune est une victoire symbolique : elle préserve un espace de promenade et d'identité locale. Des associations environnementales régionales, comme France Nature Environnement, saluent généralement ce type d'initiatives quand elles s'accompagnent d'un plan de gestion durable associant citoyens, élus et gestionnaires forestiers.
Reste le sort du château et des parcelles restantes : la Ville de Paris conserve pour le moment le bâtiment et une dizaine d'hectares qui devraient être mis en vente. La mairie de Bayac a indiqué qu'elle n'envisageait pas d'acheter dans l'immédiat, en raison du coût et des lourds travaux de rénovation nécessaires.
Entre sauvegarde du patrimoine, ambitions touristiques mesurées et impératifs écologiques, le rachat de ces 43 hectares illustre la manière dont une petite commune rurale peut reprendre en main ses terres pour en faire un atout collectif sur le long terme.







