Un rapport accablant du Conseil de l'Europe met en lumière les dérives des prisons françaises.
Le Conseil de l'Europe a publié, jeudi dernier, un rapport déplorant l'état critique des pénitenciers en France. Dans ce document, il met en garde contre une transformation inquiétante des établissements pénitentiaires, les qualifiant d'« entrepôts humains ». Alan Mitchell, président du Comité pour la prévention de la torture (CPT), a déclaré : "Nous sommes très inquiets des conditions d'incarcération en France".
En fin d'année dernière, une délégation du CPT a visité plusieurs établissements : Fleury-Mérogis et Fresnes en région parisienne, Baumettes à Marseille et Villefranche-sur-Saône. Bien sûr, le constat était sombre.
L’augmentation alarmante de la surpopulation carcérale
Le rapport met en avant la surpopulation carcérale, qualifiée d'« alarmante ». « La situation des prisons peut transformer un établissement en entrepôt humain » avertit le CPT, rappelant qu’un précédent rapport sur ce sujet datait de 2021.
Bien que la majorité des détenus ne signalent pas de mauvais traitements physiques, le rapport note des allégations crédibles de violences, en particulier à Fresnes et Villefranche-sur-Saône. De plus, la violence entre détenus est hélas fréquente, surtout durant les promenades où l'intervention du personnel est minimale. Certains détenus craignent même de sortir de leur cellule.
Invasion de nuisibles
Concernant l'infrastructure, la prison des Baumettes et la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis ont récemment été rénovées. En revanche, à Fresnes, les conditions sont jugées indignes, avec des cellules humides, vétustes et infestées de nuisibles tels que rats, cafards et punaises de lit. Les cellules à Villefranche et la maison d'arrêt pour femmes à Fleury-Mérogis sont également en mauvais état, avec du mobilier cassé.
Le rapport souligne la « pauvreté des activités » offertes aux détenus, qui passent jusqu'à 20 heures par jour enfermés, particulièrement les week-ends. Dans les quartiers pour mineurs, l'enseignement se limite souvent à une à deux heures par jour.
La délégation a aussi évalué 14 établissements de police où elle a observé des conditions souvent délabrées, comme des toilettes bouchées.
Des détenus ont rapporté avoir été soumis à des violences, s’inspirant de cas observés à l'étranger, évoquant la nécessité de revoir certaines techniques d'interpellation utilisées par les forces de l'ordre.
Réponses et solutions envisagées
Face à cette situation, les autorités françaises ont déclaré vouloir améliorer les conditions matérielles tout en formant les forces de l’ordre. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a évoqué la construction de nouvelles prisons sans envisager de régulation de l'incarcération. Dans les mois à venir, 3 000 places devraient être créées dans des établissements modulaires.
Actuellement, la France compte un nombre record de 86 229 détenus pour seulement 63 613 places, représentant un taux de 136,5 %. Le CPT a affirmé que la construction de nouvelles prisons ne suffira pas à résoudre la surpopulation carcérale.
Ce rapport met en évidence que la France, par sa gestion carcérale, se classe parmi les pays les moins bien lotis d'Europe, derrière seulement la Slovénie et Chypre.







