Les ménages français continuent d'épargner à des niveaux historiques, mais leur approche des investissements risqués demeure timide. Philippe Crevel, économiste et directeur du Cercle de l'Épargne, éclaire cette dynamique, qu'il décrit comme une "culture paysanne" empreinte de prudence.
Selon Crevel, une part importante de l'épargne est orientée vers des produits garantis, tels que les livrets réglementés et les fonds euros de l'assurance-vie. Cette aversion au risque contraste fortement avec l'attitude plus active des Américains en matière d'investissement. "Les Français travaillent dur pour gagner leur argent et ils hésitent à le mettre en danger," déclare-t-il. Ce comportement finance des placements à faible risque, mais le paysage évolue, surtout depuis les crises récentes telles que celle du Covid-19.
Les Français, certes prudents, montrent des signes de changement. L'Autorité des Marchés Financiers (AMF) a observé un intérêt croissant pour les actions, notamment parmi les jeunes de moins de 35 ans, qui explorent activement le marché boursier et les crypto-monnaies. Crevel note que ce phénomène indique une réaction dynamique face à la situation économique actuelle.
Concernant la fiscalité, la France est marquée par une pression élevée, mais aussi par des niches fiscales qui influencent les choix d'épargne. Les avantages fiscaux associés au Livret A, par exemple, expliquent son statut privilégié. En revanche, les plans d'épargne tels que le PEA et le PER sont moins populaires, malgré les incitations fiscales qu'ils offrent.
Interrogé sur une potentielle intervention de l'État dans l'épargne des Français, Crevel reste ferme : "Une telle démarche serait une grave erreur politique. L'État a besoin de cette épargne pour financer des projets publics essentiels et ne peut pas se permettre de décourager les épargnants." Il souligne également que les assureurs, qui investissent dans la dette française, seraient gravement affectés par une perte de confiance des investisseurs.
Pour réorienter leur épargne vers des investissements plus engageants, Crevel conseille aux Français d'accepter un plus grand niveau de risque, expliquant : "Pour espérer rentrer dans des rendements plus élevés, il faut être conscient des fluctuations des marchés. Les fonds thématiques et le capital-investissement, qui proposent des rendements potentiels de 7 à 8 %, sont des avenues à explorer. Par exemple, le fonds Bpifrance Defense SLP finance l'armement français et pourrait offrir des perspectives intéressantes."







