Rachel Le Nan, sexagénaire aujourd'hui, lève le voile sur des souvenirs enfouis durant des décennies. Dans son livre Et pourtant, tout le monde savait, sorti le 2 janvier 2026, elle décrit les abus qu'elle a subis de son beau-père et de l’Abbé Pierre, une figure charismatique du mouvement social français. Elle évoque des agressions fréquentes entre ses 8 et 13 ans, révélant ainsi un chapitre tragique de son enfance.
Son beau-père, René, proche de l’Abbé Pierre, était une figure d'autorité dans sa vie. Rachel raconte comment, un jour, en 1974, elle a été emmenée pour rencontrer l'Abbé Pierre et a fini seule avec lui. « J'étais terrifiée », se souvient-elle. Elle décrit une scène cauchemardesque où l'homme, en qui elle croyait pouvoir avoir confiance, a abusé d'elle. « Chaque fois que j’en parle, c’est très difficile, je ressens encore ses mains sur moi », raconte-t-elle, les larmes aux yeux.
Jusqu'à récemment, Rachel se croyait seule dans sa douleur. Ce n'est qu'en entendant des témoignages similaires à la radio qu'elle a réalisé qu'elle n'était pas isolée. « J'ai honte de le dire, mais je me suis sentie rassurée d'apprendre qu'il y avait d'autres victimes », explique-t-elle.
Les experts en psychologie, comme le Dr Anne-Sophie Léonard, soulignent l'impact dévastateur d'une telle expérience sur le développement psychologique d'un enfant. « Le silence qui entoure ces abus crée un sentiment de honte et de culpabilité chez les victimes, ce qui rend encore plus difficile le processus de guérison », indique-t-elle.
Les révélations de Rachel ont suscité un immense émoi en France. Après avoir entendu le récit d'autres victimes à travers une ligne téléphonique d’écoute, elle s’est sentie suffisamment forte pour raconter sa propre histoire au monde. « On m'a enfin cru. C'est une première étape», confie-t-elle. Pour elle, et pour beaucoup d'autres, ce processus est crucial pour la réhabilitation et la reconnaissance de leurs traumatismes.
La lettre de l'Abbé Pierre, découverte par Rachel, est également révélatrice. Écrite en 1976, elle parle de René sans jamais mentionner son passé d'abuseur. Ce genre de complicité parmi ceux qui ont été en position de pouvoir soulève de nombreuses questions sur la responsabilité des figures religieuses dans de tels récits tragiques.
Avec le soutien de ses proches, qui affirment la nécessité d'entendre ces voix longtemps étouffées, Rachel espère que son témoignage incitera d'autres victimes à se manifester. « Je souhaite que d'autres osent sortir du silence, même si cela fait peur. » Son livre est plus qu'un témoignage : c'est un appel à la justice et à la reconnaissance des souffrances endurées par de nombreuses victimes.
Alors que les enquêtes sur les abus au sein des institutions continuent d'émerger, les voix comme celle de Rachel représentent un tournant. En rappelant à tous que chacun mérite d'être entendu, elle aide à briser les chaînes du silence qui ont perdues trop de vies pendant trop d'années.







