Dans des villages ruraux où l'engagement bénévole repose souvent sur une poignée de volontaires, la mise en place de la parité obligatoire sur les listes électorales suscite de vives inquiétudes. À Fouligny, un village de 192 habitants situé près de Saint-Avold, Antoine Bourg, le maire, témoigne des difficultés rencontrées. « Ce n'est pas tant la parité qui pose problème, mais la nécessité de sélectionner des candidats en fonction de leur genre », explique-t-il. Ce sentiment d’exclusion s’est exacerbée lors de cette année électorale, où constituer une liste a été plus complexe qu’à l’habitude. « J'ai dû dire à des candidats potentiels : non, vous êtes un homme. C'est regrettable », ajoute-t-il.
Ce rééquilibrage impose également des choix difficiles parmi les membres actuels du conseil. « Sur les neuf élus sortants, deux ne brigueront pas un nouveau mandat. Avec sept hommes restants, il en fallait un de trop », précise Bourg. Cette situation a des conséquences humaines : « C'est douloureux. On discute, on collabore, puis, à cause de la loi, on exclut quelqu'un ».
Au-delà des aspects techniques, le maire exprime une réserve sur la méthode adoptée pour imposer cette loi. « C'est déplorable que des décideurs à Paris imposent des règles sans prendre en compte notre réalité locale », critique-t-il. De plus, il craint une chute de l'engagement électoral. « Nous risquons de voir apparaître des listes uniques. Cela pourrait décourager les électeurs d'aller voter ». Cette crainte est partagée par plusieurs acteurs politiques locaux.
Cependant, la vision d'autres élus, comme Jennifer Haensler, maire de Kédange-sur-Canner, contraste avec celle de Bourg. Selon elle, la parité représente un véritable levier démocratique. « C'est bénéfique pour les femmes, mais également pour les hommes. Les compétences et les opinions de chaque genre enrichissent notre politique locale », soutient-elle.
Pour Haensler, l'absence des femmes dans les listes électorales n'est pas due à un manque d'intérêt. « Les hommes se lancent plus facilement, alors que les femmes ont besoin d'accompagnement et de soutien », observe-t-elle. Elle évoque une conseillère qui, après avoir douté de sa pertinente dans le conseil, s'épanouit maintenant dans ses fonctions. « Il faut les encourager et les rassurer, leur montrer qu'elles ont toute leur place au sein de l’équipe », conclut-elle.







