En Haute-Saône, le collectif des usagers et riverains de la RN19 exprime une indignation grandissante à travers une lettre ouverte. La déviation attendue depuis tant d'années est encore repoussée, et le bilan est alarmant : près de 70 vies ont été perdues sur cette route dangereuse au cours des 30 dernières années. L’inquiétude monte alors que la RN19, aussi surnommée "route de Paris", demeure le passage privilégié entre Lure et Vesoul.
Cette voie, qui relie la capitale à Belfort et à la Suisse, s'avère être particulièrement périlleuse. En effet, le tronçon critique entre Vesoul et Lure ne présente qu’un aménagement de dépassement insuffisant. Les véhicules traversent des villages, tels qu’Amblans, Genevreuille et Pomoy, accentuant les risques d’accidents. Des aménagements récents, bien que nécessaires, ne suffisent pas à pallier l’urgence d’une déviation.
Un projet décalé de plusieurs décennies
Depuis plus de 30 ans, le collectif de riverains réclame une déviation, mais les promesses semblent vaines. Les budgets sont souvent en cause, les priorités gouvernementales se déplaçant ailleurs malgré des affirmations répétées sur l’importance de ce dossier. Aujourd'hui, la colère des habitants s'intensifie : « Ces discours enflent, mais rien ne se concrétise. Nous avons le sentiment d’être abandonnés », déclare Bernard Klem, membre du collectif.
Avec la récente tragédie survenue en août 2025, où deux motards ont perdu la vie, la demande de déviation se renforce. Les inquiétudes sont partagées par la Fédération Française des Motards en Colère du Territoire de Belfort, qui a également rejoint ce combat. Le député et le sénateur de la région, Olivier Rietmann, tentent d'obtenir des avancées mais admettent que le chemin est encore long.
Des solutions inaccessibles avant 2036 ?
Dans leur lettre ouverte, les riverains constatent avec amertume que les négociations sur le projet de déviation ont reculé, prévoyant maintenant des débuts de travaux étalés jusqu'en 2036. Les annonces de dates sont sources de désespoir, notamment pour ceux vivant à Pomoy, qui voient leur situation mise de côté. Pour ceux-ci, le délai supplémentaire de plusieurs années fait écho à des promesses non tenues.
« Ce qu'il y a de choquant, c'est que pendant des décennies, on nous a fait croire que ce projet allait avancer. Aujourd'hui, il n’y a aucune garantie. Nous sommes à la merci des décisions administratives », a souligné un habitant.
Un quotidien devenu cauchemardesque
Pour les résidents, la vie quotidienne sur cette route a pris une tournure dramatique. Dolorès Bainier, habitante de Pomoy, décrit le désastre : « Les voitures et camions qui manquent le virage chez moi sont de plus en plus fréquents. Les automobilistes doublent sur des lignes blanches, mettant en danger notre sécurité. » Ces comportements, ajoutés à une absence de mesures prises, aggravent une situation déjà critique.
Vu l’ampleur des enjeux de sécurité routière, des avis d'experts suggèrent des actions immédiates pour protéger les villageois. Selon des spécialistes en sécurité routière de l’INRETS, des infrastructures adaptées et une sensibilisation accrue des conducteurs s’avèrent essentielles pour limiter les accidents.
Les habitants de la Haute-Saône continueront de faire entendre leur voix, espérant un changement maintenant, avant que d'autres vies ne soient sacrifiées sur cette route tragique.







