Démarre ce lundi à Strasbourg un procès qui fait déjà couler beaucoup d'encre : Pierre Garitte, un ostéopathe de 37 ans, est accusé d'avoir agressé sexuellement 29 de ses patientes. Les audiences se dérouleront sur deux semaines, soulignant l'ampleur des accusations.
Exerçant depuis 2014 à Eschau, une commune paisible au sud de Strasbourg, Garitte fait face à des accusations graves, avec huit patientes le accusant de viol et 21 d'agressions sexuelles, des actes qualifiés par l'accusation comme étant le fait d'un professionnel abusant de sa position.
Le tribunal se penchera d'abord sur les questions de procédure lundi, tandis que le cœur du dossier sera examiné dès le mardi suivant. Les plaignantes, 23 d'entre elles ayant formé des parties civiles quelques jours avant le procès, affirment avoir subi des attouchements inappropriés lors de consultations.
Philippe Sterlingot, porte-parole de l'Unité pour l'ostéopathie, a rappelé que toute manipulation "interne" est prohibée dans ce secteur. Garitte, lors de sa garde à vue, a d'abord minimisé ses actes en parlant de "points de pression", mais a ensuite admis certains gestes tout en niant toute connotation sexuelle, selon des proches du dossier.
Sous contrôle judiciaire, Pierre Garitte ne peut continuer d'exercer. Son avocat, Yves Sauvayre, s'est limité à affirmer que son client se défendra vigoureusement, niant un quelconque caractère sexuel dans ses gestes.
- "Vulnérabilité des patientes" -
Bien que la première plainte date de 2018, les enquêtes ont pris un tournant significatif seulement après qu'une patiente a déposé une plainte pour viol en octobre 2020. En scrutant le dossier des patientes, les enquêteurs ont pu mettre au jour un ensemble d'accusations.
"Cette affaire illustre une violence systémique : ces femmes, en quête de soins, ont cru que leur vulnérabilité était protégée par l'éthique professionnelle. C'est ce rapport de confiance qui sera primordial dans les débats", a expliqué Sendegul Aras, avocate de plusieurs plaignantes.
La mise en accusation de professionnels de santé est encore rare, mais le climat évolue doucement, observé par Emmanuelle Piet du Collectif féministe contre le viol, qui souligne que les patients sont désormais plus enclins à dénoncer des comportements inappropriés.
D'autres affaires de cette nature, impliquant des gynécologues accusés de viols sur de nombreuses patientes, montrent que les mentalités changent.
- "Que ça serve d'exemple" -
Pour Sonia Bisch, présidente de l'association Stop aux violences obstétricales et gynécologiques, arguer de l'absence d'intention sexuelle pour dédouaner un agresseur est une forme de désinformation. "Consentir à un soin ne signifie pas consentir à des abus", a-t-elle martelé.
La majorité des procès pour viol se tiennent à huis clos, cependant, jusqu'à présent, aucune demande de ce type n'a été formulée, à l'exception d'une plaignante qui a souhaité un huis clos partiel. Anne-Sophie Wagnon-Horiot, avocate d'une autre patiente, a affirmé que sa cliente espérait que le procès soit un point de départ pour d'autres victimes, en leur donnant le courage de s'exprimer.
"Il est crucial que ce procès se déroule publiquement, afin que d’autres victimes puissent se reconnaître et se sentir en droit de parler", a-t-elle déclaré. Ce procès pourrait potentiellement inaugurer une prise de conscience plus large autour des violences sexuelles dans le milieu médical.







