Face à la hausse des prix du gaz exacerbée par les conflits au Moyen-Orient, le gouvernement vise à renforcer l'électrification de la France en s'attaquant à l'installation de un million de pompes à chaleur (PAC) chaque année d'ici 2030. Mais la question de l'offre est cruciale.
Réuni le 26 mai dernier sous la présidence d'Emmanuel Macron, le secteur a exprimé sa capacité à produire ce million d'installations, un enjeu pour rompre avec la dépendance aux énergies fossiles dont les coûts s'envolent.
Ce plan s'articule surtout autour des PAC air-eau, qui s'intègrent facilement dans les systèmes de chauffage existants, mais également des PAC géothermiques et des chauffe-eau thermodynamiques.
Arnaud Kautzmann, secrétaire de l'Association française pour les PAC (Afpac), indique : "Avec les PAC air-eau, on pourrait doubler les ventes, en passant de 170.000 à 300.000 unités par an, un niveau jamais atteint depuis 2022."
Une opportunité pour 80% des maisons
Encore faut-il que la demande des clients soit là. Comme le souligne le groupe de travail du gouvernement sur l'électrification des bâtiments, la France compte près de 17 millions de logements à décarboner, dont la majorité sont des maisons individuelles, propices à l'installation des PAC air-eau pour 80% d'entre elles.
En revanche, la situation est plus complexe pour les copropriétés. Corina Osadciuc-Mahé, responsable de la rénovation énergétique chez Foncia, fait remarquer que coordonner des travaux dans ces habitats s’annonce un défi majeur.
À Meudon, une petite copropriété a installé une PAC air-eau après un long et coûteux processus de rénovation, avec des factures de travaux dépassant 200.000 euros, dont 23.400 euros pour chaque propriétaire, un montant encore élevé même après l'aide de l'État. "On a un net gain de confort, mais on n'est pas encore gagnant financièrement", témoigne une copropriétaire, Céline.
Dans les copropriétés avec chauffage collectif, l'installation d'une PAC pose des défis tels que le choix d'un emplacement discret pour réduire le bruit et l'esthétique, ainsi qu'une isolation adéquate du bâtiment. Lorsque chaque logement dispose de sa propre chaudière, les travaux nécessaires pour installer une PAC deviennent considérables.
Maxime Ledez, chercheur à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE), avertit que cela pourrait impliquer des "travaux colossaux" pour acheminer une nouvelle tuyauterie dans ces bâtiments.
Vers une transformation culturelle
Corina Osadciuc-Mahé observe une progression lente mais manifeste dans l'adoption des PAC depuis l'année dernière, bien qu'il ne s'agisse que de quelques dizaines de projets parmi 400 copropriétés. Chez Effy, une entreprise de rénovation énergétique, les demandes d'installations de PAC air-eau ont bondi de 140 % en avril 2026 par rapport à avril 2025.
Nicolas Moulin de PrimesEnergie indique que les demandes d'aides pour ces installations ont triplé, une tendance qu'il impute au récent plan d'électrification de Sébastien Lecornu et à une conscience accrue chez les Français concernant la nécessité de maîtriser les factures énergétiques. Toutefois, les PAC air-air, qui peuvent aussi servir de climatiseur, dominent encore le marché, représentant environ 70 % de celui-ci.
Audrey Zermati, directrice stratégie d'Effy, souligne que le défi majeur reste d'augmenter la confiance des Français envers les PAC. Dans certains cas, les copropriétés optent pour des systèmes hybrides, combinant PAC et chaudière à gaz, créant ainsi une solution rassurante pour les propriétaires.
L'Afpac a récemment lancé le Cepac, un centre d'expertise visant à accompagner la transition vers les systèmes de chauffage non fossiles, considérant ceci comme "une révolution culturelle" plus qu'une simple question technologique.







