Les aides-soignantes de l'Ehpad Les Feuillants à Poitiers sont en grève depuis 36 jours, et ce mercredi, elles ont été rejointe par des élus locaux ainsi que par le député François Ruffin, lors d'un rassemblement devant le palais de justice. Cette mobilisation attire l’attention non seulement pour des questions de simplement salaires ou de conditions de travail, mais elle est également le reflet d’un besoin urgent de reconnaissance et de soutien pour le secteur de la santé.
"Nous étions méconnaissables avec nos têtes rasées et notre peur au ventre. Les SS passaient en permanence avec leurs molosses : aujourd'hui encore, 81 ans après, j'ai peur des chiens !" Témoigne Lili Leignel, née Keller-Rosenberg, devant un public de 200 jeunes. Cette femme, qui a perdu son enfance à cause de la déportation, évoque avec force ses souvenirs tragiques. Elle avait alors seulement 11 ans lorsqu'elle fut arrêtée avec sa famille à Roubaix, en octobre 1943, pour être envoyée vers le camp de la mort.
Témoignage rare
Lili raconte : "La sirène retentissait à 3 heures et demi du matin, tout le monde se précipitait pour un brin de toilette. Mais il n'y avait pas assez de points d'eau." Passant près d'un an et demi dans le terrible camp de Ravensbrück, elle fut ensuite transférée vers Bergen-Belsen, un lieu décrit comme un "camp de la mort lente" en proie à une épidémie de typhus. "À notre arrivée, l'odeur était insupportable, il y avait des cadavres partout, il fallait les enjamber, c'était un univers d'horreur", se remémore-t-elle encore avec émotion.
Sa libération ne s'est pas traduite par un réel soulagement, car elle rentra en France sans sa mère, tombée malade entre-temps, utilisant les mêmes wagons à bestiaux qui les avaient emmenés vers l'horreur. L’accueil fut difficile pour Lili et ses frères, hébergés d’abord à Paris, avant de retrouver leur mère dans un foyer à Hendaye, près de la frontière espagnole. Tragiquement, leur père, déporté à Buchenwald, ne survécut pas, décédant juste avant la libération des camps.
Devant le public attentif, de nombreux jeunes épongeaient des larmes. "Son récit me touche profondément, moi qui étudie l'histoire, confie Jeanne. On dirait qu'elle est encore enfant quand elle parle de son passé." D'autres ajoutent également que les récits académiques ne transmettent pas la même profondeur d'émotion que ce témoignage vibrant.
Transmettre le flambeau
Lili Leignel considère que son rôle reste essentiel : "Si je continue à témoigner, c'est pour que les nouvelles générations comprennent leur responsabilité. Ils doivent s'engager pour combattre le racisme et l'antisémitisme, qui refont surface aujourd'hui". Effectivement, les actes antisémites en France ont atteint des niveaux alarmants, enregistrant 1.320 incidents en 2025, soit un chiffre historiquement élevé selon les autorités.
Pour atteindre un plus large public, son histoire est également relatée dans une bande dessinée récemment publiée, "Lili, toujours debout, jusqu'au bout".
Alors qu'elle vieillit, Lili Leignel reste déterminée à faire entendre sa voix et à inspirer des milliers de jeunes à travers la France, dans un contexte où la colère et la haine semblent plus présentes que jamais.







