Quatre militaires des renseignements, accompagnés d'un ancien réserviste, sont mis en cause pour leur rôle dans une tentative d'assassinat d'une coach en entreprise, confondue avec une espionne. Durant le procès Athanor, la hiérarchie, représentée par l'ex-directeur de la DGSE, a nié toute responsabilité dans cette "dérive".
Bernard Emié, ancien patron du renseignement extérieur, a exprimé son choc à la cour d'assises spéciale de Paris, affirmant qu'il a découvert les faits au même moment que les médias. Ce fut la seule intervention publique d'un représentant de l'institution, parmi une série de témoins anonymes.
L'arrestation de Dagomar et Adelar, deux agents en juillet 2020 à proximité du domicile de Marie-Hélène Dini, a révélé les implications plus larges de l'affaire Athanor. Au total, 22 personnes sont jugées jusqu'à mi-juillet, portant à la lumière des contrats criminels émanant d'une loge maçonnique des Hauts-de-Seine.
Installés dans le cadre de la surveillance d'un site de la DGSE, Dagomar et Adelar ont d'abord gardé le silence. Ils ont ensuite fabriqué un récit évoquant une mission "hors cadre" de la DGSE. Cette explication a été formellement rejetée par l’institution.
"Il n’existe pas - sauf dans les romans d’espionnage - de missions hors cadre... Tout est strictement encadré dans la lutte antiterroriste," a déclaré l’ancien dirigeant, en réponse à des allégations d'opérations clandestines.
Cette affaire embarrassante pour la DGSE met en exergue de sérieux manquements, que l’institution tente de minimiser, renvoyant les militaires à leurs "fantasmes" individuels. Toutefois, certains gradés ont reconnu un problème de recrutement et le sentiment de "frustration" parmi ces militaires.
Lors d'un témoignage, Emié a commenté le comportement des agents, soulignant l'aspect "cool" de certains, tout en insistant sur le fait que le cadre d'un camp est bien plus sérieux qu'il n'y paraît.
Les témoins ont unanimement affirmé qu'il n'y avait aucune raison pour que Dagomar et Adelar se sentent investis d'une mission opérationnelle. La défense n'a cependant pas réussi à déstabiliser l'ancien chef de cabinet de la DGSE, face à ses compétences bien rodées en interrogation sous pression.
Concernant l’ignorance décrite par certains accusés sur l'origine de leurs ordres, un officier a expliqué que le cloisonnement de l'information ne devait pas induire une confusion sur la nature de la mission.
Carl Esnault, un caporal à l'avenir prometteur, a maintenu qu'il avait agi sous ordre, mais ses avocats n'ont jamais pu obtenir les détails de son contrat de travail. "Nous n'avons trouvé qu'un service qui se protège et qui a menti", ont précisé ses avocats.
Pour Me Olivier Bluche, représentant Yannick Pham, un ancien réserviste impliqué, la DGSE porte une part de responsabilité dans cette affaire. D'autre part, Pierre Bourdin a été décrit comme quelqu'un qui s'épanouit dans le chaos, ce qui était apparemment utile à sa hiérarchie.
L'armurier Nicolas Sislian, qui fournissait des armes à la DGSE, a quant à lui admis que, malgré les règles, certaines pratiques étaient souvent contournées, complices des dérives au sein de l'institution.







