Depuis plusieurs années, la réforme des retraites s'impose comme un sujet central dans le paysage politique français, notamment lors du second tour de l'élection présidentielle de 2022. Si le débat se concentre principalement sur l'âge légal de départ, d'autres facettes du système méritent également d'être examinées.
Un besoin urgent de réforme ? L'argument de la majorité et du candidat-président repose sur l'idée que le système de retraite est en péril. Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, a réaffirmé cette position le 12 avril sur CNews : "Une réforme est nécessaire pour préserver notre régime de retraite". En écho, le Premier ministre Jean Castex a averti sur RTL des conséquences d'une inaction, pointant le risque de diminution des pensions.
Pour sa part, Emmanuel Macron insiste sur l'allongement de l'espérance de vie, jugeant indispensable de travailler plus longtemps. "Nous vivons plus vieux, et cela exige des ajustements au niveau des retraites," affirmait-il lors de son ultime meeting avant le premier tour.
Toutefois, dans son dernier rapport de juin 2021, le Conseil d'orientation des retraites soulignait que le système n'était pas en danger à court terme, indiquant que les dépenses suivaient une "trajectoire maîtrisée". Le président de la CFE-CGC, François Hommeril, a insisté sur France Info : "Il n'y a pas de justification économique à une réforme imminente, c'est davantage un enjeu politique."
L'enjeu budgétaire derrière la réforme
Michaël Zemmour, économiste à Paris 1, précise que les précédentes réformes ont déjà intégré l'augmentation de l'espérance de vie en allongeant les durées de cotisation. La vraie motivation d'une réforme des retraites pourrait résider dans la nécessité de créer des marges budgétaires dans un contexte de restrictions financières pour financer d'autres réformes, comme celles liées à la dépendance.
Actuellement, les dépenses de retraite équivalent à 14,7% du PIB en période de crise sanitaire, un chiffre qui devrait se stabiliser à 13,7% jusqu'en 2030. Pierre-Louis Bras, président du COR, a rappelé que cette situation nécessite une réflexion politique. Les autorités disposent de plusieurs leviers pour contenir les coûts des retraites, dont l'ajustement des cotisations, bien que cette option soit délicate en période de baisse du pouvoir d'achat.
Réformer pour ajuster le niveau des pensions
Le niveau des pensions constitue un autre levier souvent exploité par les gouvernements, notamment en ne revalorisant pas les retraites en fonction de l'inflation ou en leur appliquant la CSG. Selon le COR, le niveau de vie des retraités, qui était légèrement supérieur à celui des actifs en 2018, pourrait devenir inférieur d'ici à la fin de la décennie.
Cela explique les propositions de Marine Le Pen d'augmenter les petites retraites et celles d'Emmanuel Macron visant à fixer la pension minimale à 1 100 € pour une carrière complète. Avant le premier tour, Macron a également évoqué l'idée d'indexer les retraites sur l'inflation dès juillet.
L'allongement de la durée de cotisation
Quant aux mesures d'âge, elles ont été au cœur des réformes récentes, comme la réforme Touraine, qui prévoit une augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier d'une retraite à taux plein. Actuellement, bien que l'âge légal de départ soit fixé à 62 ans, les travailleurs doivent cotiser plus longtemps pour faire valoir leurs droits.
Une question se pose : l'éventuel relèvement à 64 ans, comme proposé par Macron, ne toucherait-il qu'un nombre restreint de personnes ? Un syndicaliste avertit que ceux qui ont tous leurs trimestres sans avoir 64 ans pourraient être particulièrement affectés. Cette situation impliquerait qu'ils "surcotisent" sans pour autant bénéficier de droits supérieurs.
Les syndicats réformistes soulignent également l'importance de prendre en compte la pénibilité. Depuis 2017, plusieurs critères permettant de partir plus tôt à la retraite ont été supprimés, aggravant la condition de certains travailleurs. Emmanuel Macron a cependant laissé entrevoir une possibilité de négociation sur ce sujet, prit en compte lors de visites de terrain.
Enfin, question liée au report de l'âge légal : l'emploi des seniors. Si la réforme de 2010 a déjà permis d'augmenter le taux d'emploi des plus de 55 ans, il reste à constater que ceux qui ont déjà quitté l'emploi peinent souvent à retrouver du travail. Près de la moitié de ceux qui partent à la retraite aujourd'hui étaient sans emploi auparavant, ce qui souligne les défis structurels auxquels fait face la France concernant l'emploi des seniors.







