Une grève du zèle a secoué le tribunal de Paris, où des avocats ont exprimé leur mécontentement face au projet de loi proposé par Gérald Darmanin. Ce dernier vise à réformer la justice criminelle en introduisant une procédure accélérée de "plaider-coupable" pour les crimes, inspirée de la CRPC instaurée pour les délits.
Cette mesure suscite de vives préoccupations au sein de la profession, qui y voit une menace pour une justice équitable, risquant d'engendrer des "faux aveux" et d'établir une "justice à deux vitesses".
Sophie Sarre, avocate membre du Conseil de l'Ordre, a souligné lors d'une audience que l'attente prolongée dans les commissariats et les lenteurs judiciaires seraient de meilleures solutions pour les victimes, plutôt que de raccourcir les procédures. "Les victimes méritent d'être mieux traitées", a-t-elle déclaré.
Face à cette opposition, le barreau de Paris et la conférence des bâtonniers, représentant 45 000 avocats hors de Paris, ont appelé à une journée nationale de mobilisation le 13 avril, pour faire entendre leur voix lors de l'examen sénatorial de la loi. Christophe Bayle, président de la conférence, a rapporté que 130 des 163 barreaux de province prévoient de participer.
À Paris, les avocats ont choisi une stratégie de "défense massive". Dans une scène peu commune, le président de la 23e chambre a dû se frotter à la défense de plusieurs avocats au lieu d'un unique conseil commis d’office.
Lors d'une comparution, Hector Bernardini a partagé son indignation face à une justice trop souvent expéditive, dont les décisions peuvent affecter des vies en quelques minutes. "La justice doit être juste, pas rapide", a-t-il intégré dans ses remarques.
Certains avocats portaient des badges "Avocats en grève", combinant leur lutte pour défendre leurs clients avec une offensive contre un projet qu'ils qualifient d’inacceptable. Seydi Ba, en plaidant pour un homme souffrant de troubles mentaux, a dénoncé les conditions déplorables de détention et la surpopulation carcérale.
La conférence nationale des premiers présidents de cour d'appel a exprimé ses craintes face à cette mobilisation, évoquant le risque d'une détérioration encore plus marquée des délais judiciaires pour les justiciables si cette grève se prolonge.
Enfin, Me Sarre a averti les juges lors d'une audience : "Si les avocats disparaissent, la justice ne sera plus rendue, mais simplement des décisions administratives seront prises." Cette déclaration met en lumière les défis et les enjeux d'une réforme législative qui pourrait bouleverser le paysage judiciaire en France.







