En Seine-et-Marne,
Dans la paisible commune de Lissy, au cœur des champs de Brie, le constat est amer : il n’y aura pas d'élections municipales les 15 et 22 mars 2026. En effet, ni Jean-Claude Lecinse, maire sortant de 85 ans, ni aucun des 372 habitants n’ont déposé de liste. « Nous sommes un peu dans le flou... », confie-t-il, visiblement préoccupé par la situation. L’absence de candidats est un fait sans précédent, illustrant le désengagement civique qui touche de nombreuses petites communes.
« J'ai essayé de rassembler une équipe, mais cela reste difficile », ajoute-t-il, une bouteille à la mer qui n’a pas trouvé écho. Le problème, selon lui, est double : d’une part, le manque de disponibilité des jeunes et, d’autre part, la nécessité de répondre à une loi récente imposant des listes paritaires, compliquant davantage le recrutement de candidats.
Des voix comme celle de Louis-Marie Saoût, maire de la commune voisine, soulignent qu’être maire d’une petite commune, c’est aussi devoir s’impliquer dans des tâches parfois ingrates, « comme tailler des arbres qui débordent sur la route », dit-il avec un sourire. Cette réalité du terrain peut dissuader plus d’un citoyen de se porter candidat.
La situation dépasse Lissy : dans toute la France, 68 communes ne voteront pas par manque de candidats. Au fil des années, ce phénomène s’est amplifié : 64 communes étaient sans listes en 2014, et ce chiffre a grimpé à 106 lors des élections de 2020, période marquée par la pandémie de Covid-19.
Si certains habitants, comme Jean-Michel le retraité du village, trouvent cette situation peu surprenante, d'autres s'inquiètent de l’avenir de leur commune. « Le maire ne décide de rien, il subit tout », lâche-t-il. Même ceux qui portent un regard indifférent sur les élections ne semblent pas s’en soucier : « Ça me fait ni chaud, ni froid », se désole un gérant local.
Pourtant, ce silence peut s’avérer dangereux, car le modèle de gouvernance de ces petites communes fragiles nécessite un investissement collectif pour prospérer.
À l’abri des murs de la mairie, l’atmosphère reste stoïque malgré la gravité de la situation. « Nous n'avons pas eu de grandes inquiétudes », évoque Rebecca, l’agent municipal, tout en regrettant le manque d'interactions des citoyens. Les municipalités touchées par cette crise seront placées sous la tutelle d’une « délégation spéciale » pour gérer les affaires courantes, un véritable défi sans précédent.
Ainsi, malgré les préoccupations et les obstacles, Jean-Claude Lecinse n’exclut pas de revenir sur la scène politique si une nouvelle génération faisait jour à l’avenir. « Je suis né ici, ça me tient à cœur de voir ma commune continuer à avancer », assure-t-il avec détermination. Alors que les jours passent sous le soleil d’un printemps qui s’annonce, Lissy se dirige vers une ère d'incertitudes, mais toujours avec l’espoir latent d’un renouveau.







