Ce mercredi, la justice française se penche sur la décision de non-lieu accordée en 2025 par deux juges d’instruction à Agathe Habyarimana, ex-Première dame du Rwanda. Cette décision a été précédée par des années d’enquête sur les actes de génocide contre les Tutsi en 1994, qui ont fait près de 800 000 victimes selon des estimations de l'ONU. Le parquet national antiterroriste et les parties civiles ont exprimé leur souhait de voir Mme Habyarimana mise en examen.
Âgée de 83 ans, Mme Habyarimana fait l'objet d'une information judiciaire depuis 2007, à la suite d'une plainte déposée par le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR). Elle est depuis 2016 considérée comme témoin assisté et n'a pas encore été formellement mise en examen, un fait qui suscite des préoccupations croissantes parmi les demandeurs de justice. Les juges d'instruction ont en effet jugé qu'il n'y avait pas suffisamment de preuves pour établir une complicité de sa part.
Les événements tragiques qui ont suivi l'assassinat de son mari, le président hutu Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994, sont au cœur de cette affaire. Des historiens tels qu'Alain Gauthier, président du CPCR, affirment que Mme Habyarimana était un membre influent de l'« Akazu », le cercle restreint des décideurs hutus derrière le génocide. Les juges, toutefois, se sont alignés sur la version de la défense qui dépeint Habyarimana comme une simple mère de famille, déconnectée des sphères du pouvoir.
D'autre part, le parquet a fait appel du non-lieu, estimant qu'il existe des éléments probants laissant à penser que Mme Habyarimana aurait pu avoir un rôle actif dans la préparation du génocide. L’avocat général a prôné une poursuite de l’instruction, soulignant que l'affaire revêt une importance historique et morale, et qu'elle répond à un impératif de mémoire.
Les défenseurs des droits de l'homme et les historiens se sont réunis pour dénoncer le risque d'une mauvaise interprétation judiciaire des faits. Dans une tribune publiée par Le Monde le 30 mars, 56 personnalités, dont des chercheurs, ont critiqué le jugement des juges d’instruction qui ont, selon eux, failli à reconnaître la structure et le rôle de l’Akazu au sein du pouvoir rwandais. Ils insistent sur le fait que des figures clés, comme Habyarimana, ont eu une influence bien plus significative que reconnue jusqu’à présent.
En réponse, l’avocat de Habyarimana, Philippe Meilhac, a fermement défendu sa cliente, arguant qu’elle souffre d’une mauvaise réputation et que la longue enquête de près de deux décennies a été marquée par l'inaction du parquet. Le plaidoyer d'innocence des soutiens de Habyarimana met en exergue une lutte plus large pour la justice, où les attentes des survivants et des familles des victimes restent fondamentales.
Les discussions autour de ce cas emblématique des conséquences du génocide rwandais mettent en lumière des questions cruciales sur la justice transnationale et la mémoire, essentielles pour les victimes encore en quête de réponse.







