l'essentiel
Depuis qu'il a pris les rênes du gouvernement en 2018, Pedro Sánchez a affronté de multiples crises politiques. Malgré les affaires de corruption qui ternissent son parti, le Premier ministre reste une figure incontournable. Mais pour combien de temps encore ?
Avec son costume toujours impeccable et un sourire inébranlable, Sánchez apparaît devant les caméras comme insensible aux tumultes politiques. "Notre projet est plus vivant et nécessaire que jamais", affirme-t-il souvent. Cependant, la réalité est moins rose : blocages politiques, majorité difficile à atteindre, et une avalanche d’affaires judiciaires menacent sa position. Ce quinquagénaire, économiste de profession, est un survivant par excellence, naviguant à travers des alliances imprévues et des paris risqués. "Il a fait de la survie un art politique", observation de Carlos Cué, journaliste à El País. Cependant, certains médias, comme El Mundo, n’hésitent pas à le qualifier d'opportuniste dépourvu de principes, notamment en ce qui concerne l'amnistie catalane qu'il avait jurée impossible.
Coalition fissurée
Après sept ans au pouvoir, Sánchez se targue d'un bilan macroéconomique impressionnant : +2,8 % de croissance prévue en 2025, contre 0,7 % pour la France. Le taux de chômage a chuté à 9,9 % et le tourisme a atteint des sommets, attirant 94 millions de visiteurs et générant 126 milliards d'euros de recettes. Mais cette prospérité semble hors de portée pour de nombreux Espagnols. En effet, le PIB par habitant est en déclin, et presque un Espagnol sur quatre vit sous la menace de la pauvreté.
Bien qu'il ait réussi à imposer des réformes sociales à travers des alliances circonstancielles, notamment l'augmentation du salaire minimum et des droits sociaux, la stabilité de sa coalition s’est érodée. Sánchez est désormais coincé, tiraillé entre les désaccords avec ses alliés de gauche et les exigences des nationalistes catalans représentés par Carles Puigdemont.
Il lui est devenu impossible de faire avancer des lois ou des budgets, et le Parti socialiste enchaîne les revers électoraux face à la droite. Pire encore, plusieurs affaires de corruption touchent son entourage proche, avec des implications graves pour sa famille.
Survie politique
Qu'en sera-t-il pour ce funambule du politique ? Le politologue Pablo Simón, interrogé par La Dépêche, tempère : "Le système institutionnel espagnol favorise la stabilité; même en période de blocage, il peut rester en place, sauf si une motion de censure obtient la majorité contre lui." Actuellement, Sánchez ne dispose pas de majorité, mais n’en est pas non plus dépourvu. Que se passera-t-il alors ? "Il pourra probablement rester au pouvoir jusqu'en juillet 2027", estime Simón. Malgré des élections régionales défavorables et une enquête judiciaire continue, il espère tirer parti d'une erreur de ses adversaires pour avancer. Les sondages sont peu engageants : le PSOE plafonne à 28 % d'intentions de vote, alors que le PP (conservateurs) et Vox (extrême droite) se rapprochent. Face à cela, le stratège Sánchez continue de marquer des points avec des actions symboliques à faible coût, telles que l’exhumation de Franco et son engagement en faveur de la cause palestinienne.







