Le Rassemblement national (RN) est-il en train de vivre une véritable transformation identitaire ? Alors qu'un rejet de l'étiquette de « droite » est affiché par Marine Le Pen, le mouvement intensifie ses efforts pour rapprocher des constituants des partis de droite conventionnels dans le cadre des élections municipales. Ce phénomène soulève des interrogations quant à son positionnement et ses ambitions.
La période des municipales agit comme un révélateur des tensions et des incertitudes qui animent le premier parti d'opposition en France. Selon une analyse publiée par Valeurs actuelles, alors que le RN évite de revendiquer clairement son appartenance à la droite, il s'engage dans des démarches qui semblent favorables à un rapprochement avec des figures historiques du gaullisme, héritage du fondateur Jean-Marie Le Pen.
Aujourd'hui, des alliances se nouent et des mises en réseau se multiplient, des concepts tels que l'union, longtemps exclus du vocabulaire mariniste, refont surface. Un cadre du parti a même affirmé : « Dans tous les seconds tours où nous serons en tête, nous inviterons les candidats Les Républicains non macronisés à se joindre à nous ». Une stratégie élaborée, surtout avec l'échéance de mars en perspective.
Vers une union des droites locales ?
Alors que les élections approchent, Jordan Bardella et Marine Le Pen mettent les bouchées doubles pour séduire un électorat plus situé à droite, selon une analyse de Le Monde. À Tours, par exemple, la liste dirigée par l'eurodéputé Aleksandar Nikolic s'est vue renforcée par des anciens membres de la municipalité issus des Républicains. De même, à Colmar, Alain Kott, un ancien président de la fédération des Républicains, a officialisé son ralliement au RN, entraînant immédiatement son expulsion du parti désormais présidé par Bruno Retailleau.
Le concept d'Union des droites pour la République (UDR), initié par Éric Ciotti, a également connu du succès dans le cadre de la distribution des investitures municipales. Cela a permis d'attirer des candidats potentiels aux élections dans des villes comme Nice où Ciotti espère renverser Christian Estrosi, et dans d'autres villes telles que Lyon et Dijon.
Jordan Bardella, symbole d'une nouvelle rédemption
Jordan Bardella, président du RN, ne cache pas ses ambitions de séduire les électeurs déçus par la droite traditionnelle. Dans ses vœux à la presse, il a exprimé son désir de fédérer ces électeurs autour de valeurs communes comme l'autorité, l'identité nationale et la défense des entreprises françaises. Il cite souvent sa filiation avec Nicolas Sarkozy, une stratégie qui vise à rassembler les tenants d'une droite plus unie.
Pourtant, la route vers cette union n'est pas exempte d’obstacles. Malgré des mains tendues vers Les Républicains, le RN semble moins enclin à collaborer avec des factions comme le mouvement Identité et Liberté fondé par Marion Maréchal. En parallèle, des rivalités internes sont apparues, notamment à Paris, où des figures comme Sarah Knafo, chahutées par les candidats du RN, peinent à trouver leur place.
Dans un climat incertain, beaucoup s'interrogent sur la stratégie globale du RN. Certains experts craignent qu’un manque de leaders forts à Paris donne un avantage à des mouvements concurrents comme Reconquête. De plus, la dialectique historique du RN tournant autour du slogan « ni de droite, ni de gauche » semble se fissurer, alors qu'une majorité de ses sympathisants s'identifient de plus en plus comme étant de droite.
Il est donc essentiel pour le RN de naviguer habilement entre ses ambitions et les réalités sociopolitiques actuelles. L’élection municipale de 2027 sera sans aucun doute un tournant déterminant pour le mouvement. Les dynamiques actuelles laissent envisager que le RN pourrait bien se rapprocher du seuil de l'acceptation comme force politique majeure, souhaitée par de nombreux électeurs déçus par la division des partis traditionnels.







