À partir de ce week-end, les cliniques privées en France se préparent à une grève inédite qui perturbe l'accès aux soins pour des milliers de patients. Alors que les médecins manifestent à Paris pour s'opposer à la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, les opérations chirurgicales sont suspendues jusqu'à mercredi soir, marquant un tournant dans le paysage de la santé publique.
Françoise, une patiente attendue pour une prothèse du genou, exprime sa préoccupation : "J'ai failli être retardée à cause des barrages des manifestants. Je n'aurais pas pu attendre plus longtemps." À la polyclinique Bordeaux Nord Aquitaine, chaque jour, environ 100 interventions sont réalisées, mais dès ce samedi, les patients seront contraints à l'attente.
La grève a été déclenchée par des revendications concernant le manque de personnel et une gestion inefficace des soins. La docteure Céline Halb, gastro-pédiatre, a annulé ses consultations et s’inquiète : "Nous ne faisons pas grève pour des honoraires, mais pour préserver les choix des patients. Le nouveau projet de loi risque de nuire à leur remboursement et d'imposer une médecine à l'anglo-saxonne, où les mutuelles pèsent lourdement sur les frais médicaux." Selon le professeur Jean-Charles Le Huec, chirurgien orthopédique, la médecine privée et publique travaillent de concert pour le bien des patients : "Si la médecine libérale s'effondre, c'est tout le système de santé qui est menacé."
Ce mouvement a entraîné l'annulation de plus de 20 000 consultations à travers le pays, suscitant des inquiétudes majeures. Pendant ce temps, la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a proposé des discussions avec les syndicats pour apaiser les tensions, mais cela semble insuffisant face à la gravité de la situation. Pour illustrer la portée du mécontentement, plus de 2 000 médecins sont attendus à Bruxelles ce dimanche, pour une manifestation symbolique contre la réquisition de la main-d'œuvre médicale.
Selon des experts, la santé publique est à un tournant. Le professeur Le Huec a déclaré que le dérapage des dépenses de santé ne peut plus être imputé au corps médical, surtout dans un contexte de vieillissement de la population où les pathologies deviennent plus complexes. Le manque de médecins s'élève à environ 25 000 selon les estimations. "Nous devons protéger les soignants, car maltraiter les soignants, c'est maltraiter les patients," a-t-il affirmé, soulignant que les réquisitions effectuées par les agences de santé soulèvent des préoccupations éthiques et pratiques.
Au final, ce blocus des cliniques privées pourrait déclencher une réflexion plus profonde sur l'avenir de la santé en France, entre l'urgence d'une réforme et la nécessité de préserver la qualité des soins pour les citoyens.







