Alors que le projet de loi constitutionnelle sur l'autonomie de la Corse se prépare à être examiné en séance publique dans deux semaines, une information classée du Sirasco, le service d’analyse de la police judiciaire, met en lumière la forte présence de groupes criminels sur l'île. Selon cette note, une vingtaine d'équipes criminelles, regroupées en deux ensembles, exercent une influence de type mafieux sur la société corse. Ces groupes ont su infiltrer les sphères politique, économique et sociale de l'archipel, comme le souligne la police judiciaire.
Le projet de loi, intitulé « pour une Corse autonome au sein de la République », a été voté en commission des lois le 2 juin dernier et sera examiné à partir du 16 juin. Ce texte permet à la collectivité corse de modifier ou d’abroger certaines lois et règlements dans des domaines qui defini par une loi organique, excluant toutefois les fonctions régaliennes. Cette initiative s'inscrit dans le cadre des discussions qui ont suivi l'assassinat d'Yvan Colonna en mars 2022 et représente le résultat de quatre années de négociations.
Cette autonomisation pourrait affaiblir considérablement le contrôle de Paris sur les affaires économiques de l'île. Selon un juge d'instruction à Bastia, cela pourrait être vu comme « une chance pour les divers clans criminels en quête de domination sur les secteurs légaux les plus juteux », tels que le bâtiment, l'immobilier, et l'hôtellerie. Les deux principaux groupes en lice, le clan du Petit Bar et les Mattei, ont déjà manifesté leur influence sur plusieurs projets.
La précarité de la situation est palpable. Un exemple marquant a eu lieu en octobre 2025, où deux entrepreneurs ont été condamnés pour tentative d'extorsion à Ajaccio, concernant un projet immobilier à Palombaggia, cadre prisé du sud de l'île. Les activités illicites, notamment liées aux jeux d'argent, témoignent également d'une violence persistante. L'ancien nationaliste Alain Orsoni, devenu figure clé dans le secteur des casinos, a été abattu pendant un événement familial en janvier 2026 dans un contexte de rivalités opaques. Avec des bilans alarmants — dix-sept homicides en 2024, dont plusieurs règlements de comptes —, la police judiciaire qualifie la situation de « paysage instable », en proie à des recompositions d'alliances inquiétantes. La grande question demeure : à qui profitera réellement l’édiction de la norme locale à l'avenir?







