Alors que les compagnies pétrolières européennes affichent des surprofits atteignant 2,5 milliards d'euros en mars, le gouvernement français semble hésitant. Sébastien Lecornu a reconnu qu'il n'est pas « opposé de principe » à une taxe exceptionnelle réclamée par cinq pays européens, tout en avançant des préoccupations similaires à celles exprimées lors des débats budgétaires de l'an dernier sur la taxation des ultra-riches.
« Personne en France ne doit profiter de cette crise, ni hier, ni demain », a déclaré Sébastien Lecornu le 8 avril. Malgré ces paroles, l'exécutif reste timide sur l'imposition de ceux qui ont bénéficié des conséquences de la guerre en Ukraine. Selon un rapport de Greenpeace, les compagnies pétrolières engrangeraient, en moyenne, 81,4 millions d'euros chaque jour, dont près de 75 millions d'euros rien qu'avec la vente de gazole. En mars, ces bénéfices pourraient dépasser les 2,5 milliards d'euros.
En fin de semaine dernière, un collectif de cinq pays (Espagne, Autriche, Allemagne, Italie et Portugal) a adressé une lettre commune plaidant pour une taxe sur ces bénéfices exceptionnels. « Cela enverrait un message clair : ceux qui profitent des conséquences de la guerre doivent contribuer à alléger la charge du grand public », précisent-ils. Bien que le premier ministre affirme ne pas avoir « d'opposition de principe » à cette initiative, la France reste en retrait.
Sébastien Lecornu a rapidement ajouté : « Cela nous ramène à nos discussions budgétaires de l'automne dernier : quelle est son assiette ? Quel est son rendement ? Comment ça fonctionne ? Je pense qu'il ne faut pas qu’on mente aux Français sur les capacités de cette initiative. » Un message qui rappelle la façon dont la taxe Zucman a été rejetée auparavant, mettant une pression forte sur le gouvernement.
Des baisses de prix « à partir de la fin du week-end, début de semaine prochaine »
En attendant de nouvelles recettes, le gouvernement temporise sur les prix à la pompe, même si ces derniers restent élevés. Selon les données accessibles, le litre de gazole est passé à 2,38 euros, soit presque 39 % de plus qu'avant le conflit, et le SP95-E10 à 2,02 euros, représentant une hausse de 17,6 %.
« Nous pouvons comprendre qu'il y ait quelques jours de délai entre le début de ce cessez-le-feu et la répercussion à la pompe, mais les effets doivent se faire sentir dès la fin du week-end ou au début de la semaine prochaine », a affirmé le premier ministre en séance au Sénat. Il a précisé que le gouvernement a l'intention de « continuer » sa politique d'accompagnement, bien qu'un blocage des prix, réclamé par certains partis de gauche et syndicats, ne soit pas à l'ordre du jour.
« Nous avons déjà entendu des annonces de baisse à venir », a souligné Maud Bregeon, ministre déléguée à l’Énergie, après le Conseil des ministres. Bien que des baisses potentielles de quelques centimes soient évoquées, elles resteraient néanmoins supérieures aux niveaux d'avant la crise. Le gouvernement semble donc privilégier une approche de temporisation plutôt qu'une action rapide.







