Dix ans après l'attentat le plus dévastateur du royaume, la Belgique demeure un carrefour de l'islamisme en Europe, constate l'analyste Alain Destexhe dans sa chronique.
Le 22 mars 2016 a marqué les esprits des Belges, résonnant comme le 13 novembre 2015 pour la France. En effet, ce jour-là, l'État islamique a frappé au cœur de l'Europe, entraînant la mort de 32 innocents et blessant plus de 300 personnes à l'aéroport de Zaventem et à la station de métro Maelbeek, toutes proches des institutions européennes.
Des acteurs issus de Molenbeek
Les responsables de ce terrible attentat étaient des Belgo-Marocains de seconde génération : Ibrahim El Bakraoui, Khalid El Bakraoui et Najim Laachraoui. Enfantés dans des quartiers comme Molenbeek, Schaerbeek et Anderlecht, ces jeunes ont grandi dans une atmosphère où l'islamisme a pu se développer librement, souvent en raison d'une politique de multiculturalisme mal comprise et insuffisamment critiquée. Ceux qui s'élevaient contre cet échec étaient fréquemment stigmatisés comme racistes ou xénophobes, tant dans les médias que dans le paysage politique.
La responsabilité de l'immigration massive
Nombre de ces jeunes radicalisés avaient rejoint l'État islamique en Irak ou en Syrie, revenant en Europe dans le cadre de la crise migratoire de 2015, à l'abri des yeux des autorités grâce à la masse de personnes ayant fui leur pays. Dans ce réseau, certains avaient déjà été impliqués dans les attentats parisiens de novembre 2015. La décision d'Angela Merkel d'ouvrir les portes de l'Europe a pesé lourd dans ces tragédies. Beaucoup, y compris des intellectuels et des responsables politiques, ont sous-estimé la menace que pourrait poser des terroristes infiltrés parmi les migrants. Seule Marine Le Pen avait alerté à l'époque, se heurtant à une vague de critique médiatique.
Le cas Oussama Atar, un scandale oublié
Un des cerveaux des attentats, Oussama Atar, un autre Belgo-Marocain, est finalement rentré en Belgique après avoir passé du temps en Irak sous prétexte d'humanitaire. Son retour, facilité par un comité de soutien qui incluait des figures de la gauche belge et Amnesty International, reste l'un des plus grands scandales politiques de ces dernières années. En effet, Atar a été libéré grâce à des interventions politiques et a ensuite obtenu un passeport, lui permettant de rejoindre des rangs de l'État islamique, participant activement aux attentats à Paris et Bruxelles.
Le ministère belge des Affaires étrangères a fortement contribué à cette mobilisation, sans qu'une enquête parlementaire approfondie n'ait jamais vu le jour, en raison des implications de nombreux partis, tant de la majorité que de l'opposition.
Un islamisme enraciné dans les institutions
Le député bruxellois Jamal Ikazban a lui-même été associé à ce comité de soutien. Il avait, à l'époque, dénigré Claude Moniquet, un spécialiste du terrorisme, et a fait usage des symboles des Frères musulmans. Malgré ses liens avec des réseaux douteux, il a été élevé au rang de président du groupe socialiste au Parlement bruxellois en 2026, mettant en lumière l'entrisme de l'islamisme au sein de l'appareil d'État.
À présent, la Belgique commémore avec faste les attentats du 22 mars, mais les menaces demeurent. Bien que des attaques d'une telle ampleur soient moins probables, des violences récentes, comme l'assassinat de supporters suédois par un terroriste autoproclamé de l'État islamique, rappellent la persistance du danger.
Un défi politique à relever
En Belgique, la réponse à cette menace insidieuse est diminuée par un État affaibli et un manque de coordination entre les différentes administrations. Les Frères musulmans y ont repéré une vulnérabilité et cherchent à influencer les institutions. Alors que Bruxelles pourrait devenir une ville à majorité musulmane, ces influences pourraient modifier le paysage politique, en renforçant la criminalisation de la critique de l'islam.
Ne rien faire face à un islamisme qui a évolué, tout en honorant les victimes, serait un affront à leur mémoire. Il est crucial de comprendre que le danger est toujours présent.







