Les municipales : un casse-tête pour les sondeurs en quête de réponses

Découvrez pourquoi les sondeurs peinent à obtenir des réponses lors des municipales.
Les municipales : un casse-tête pour les sondeurs en quête de réponses
Le manque de sondages rend plus difficile la mesure d’une dynamique électorale. © (Photo NR, Jean-André Boutier)

Les élections locales poussent les sondeurs dans leurs retranchements, car ceux-ci doivent parvenir à constituer des échantillons suffisamment importants sur un territoire donné.

Un sondage réalisé dans une ville de 50 000 habitants est-il réellement représentatif ? Les municipales s'avèrent être les élections les plus complexes pour les instituts de sondage, qui souvent se concentrent sur un nombre restreint de grandes villes, faussant ainsi l'image globale du scrutin. « Les municipales exigent un travail intense, car il faut analyser la composition sociale de la ville, les résultats des élections passées et la distribution des votes par quartier. Pour une enquête nationale, les données sont généralement accessibles », explique Jean-Yves Dormagen, de l'institut Cluster 17. À Perpignan, l'Ifop a dû interroger des habitants dans 22 quartiers pour obtenir un échantillon représentatif, souligne son directeur, Frédéric Dabi.

La marge d'erreur s'accroît d'autant plus qu'il est nécessaire de prendre en compte une diversité importante. « 5 % des Français ne sont pas inscrits sur les listes électorales, et 25 % ne le sont pas dans leur commune de résidence », attire l'attention Jean-Yves Dormagen. Il évoque ici notamment les étudiants. À Bordeaux, fin novembre, OpinionWay a constitué un échantillon représentatif de 1 007 personnes, mais à l’issue, seules 705 étaient inscrites sur les listes, et seulement 529 ont confirmé leur intention d’aller voter, un facteur primordial pour les analyses des intentions de vote.

Cinquante appels pour un entretien

Pour les sondages nationaux, les instituts visent environ 1 000 inscrits, tandis que pour les municipales, la cible est plutôt « 600 à 800 », précise Adélaïde Zulfikarpasic d’Ipsos-BVA, afin d'obtenir un minimum de 400 votants certains. Cela augmente mécaniquement la marge d'erreur. « Un échantillon peut être pertinent à 300 mais inexact à 1 000. L'élément clé demeure sa représentativité », nuance néanmoins Jean-Yves Dormagen.

Les instituts, face à l'impossibilité de constituer facilement des échantillons en ligne dans des villes comme Roubaix ou Grenoble, utilisent donc des enquêteurs au téléphone, bien que cela demande davantage de temps et de ressources. « Il y a vingt ans, il fallait environ dix appels pour obtenir un entretien. Actuellement, il en faut au moins cinquante, car les personnes ne répondent plus ! », déclare Adélaïde Zulfikarpasic.

Ces enquêtes s'étendent sur des périodes plus longues, pouvant atteindre deux semaines contre seulement deux jours pour une étude nationale, entraînant des coûts plus élevés. « Ce sont des études à faible marge » financière, confirme Bruno Jeanbart d’OpinionWay. Les sondages locaux coûtent en moyenne entre 10 000 et 15 000 €, trois fois plus qu’une enquête nationale en ligne. Par conséquent, « dans de nombreuses villes, nous ne ferons qu'un sondage, ce qui ne permet pas de mesurer l'évolution électorale », regrette Frédéric Dabi.

Les petites villes sous les radars

Dans l'ensemble, peu de sondages voient le jour pour les petites communes. Jusqu'à présent, un seul sondage a été publié sur Lille, datant de septembre. Cette situation est révélatrice de la crise médiatique actuelle, selon Frédéric Dabi, qui note une baisse des demandes de sondages de la part des médias. De plus, les candidats qui commandent des sondages doivent les intégrer dans leurs dépenses de campagne, ce qui peut les freiner.

D’après Bruno Jeanbart, il est « très compliqué » de réaliser des sondages dans des communes de moins de 20 000 habitants, les instituts comme Ipsos et Cluster 17 ne s'intéressant qu'aux villes de 50 000 et plus. Cela signifie que 95 % des communes échappent aux analyses, risquant de limiter la lecture des élections aux seules grandes villes, comme lors de « la vague écologiste » en 2020. « Le Rassemblement national pourrait perdre dans les grandes villes tout en triomphant dans de petites où les sondages ne sont pas réalisés », prévient Adélaïde Zulfikarpasic.

En outre, avec un seuil de 10 % relativement facile à atteindre pour se maintenir au second tour, et des possibilités de fusion de listes dès 5 %, la réalisation de sondages de second tour avant le premier s'avère problématique. « À Paris, nous pourrions avoir entre deux et cinq listes au second tour. C’est imprécis pour le sondé d’imaginer autant de configurations. L’offre du second tour sera cruciale », conclut Bruno Jeanbart.

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