Le dimanche 7 mai, les électeurs thaïlandais se rendent aux urnes pour un scrutin anticipé, marquant une étape décisive dans la lutte entre réformistes et conservateurs. Après une période d'instabilité politique, cette élection pourrait redéfinir le paysage politique du pays.
Les bureaux de vote ont ouvert à 08H00 locales (01H00 GMT), mobilisant environ 53 millions d'électeurs. L'opposition, largement soutenue par la jeunesse du pays, est considérée comme favorite dans cette élection, où la démocratie est souvent contrainte par des institutions conservatrices.
Cependant, les experts estiment qu'une victoire absolue semble peu probable pour les réformistes. Des négociations post-électorales sont attendues, et les réformistes du Parti du peuple pourraient se heurter à une coalition des partis conservateurs Bhumjaithai et Pheu Thai, ce dernier pourtant en déclin, selon Le Monde.
Anutin Charnvirakul, actuel chef du gouvernement de centre droit, est bien placé pour conserver son poste. Accédé au pouvoir en septembre dernier, son mandat a été marqué par des fluctuations politiques instables, souvent influencées par des décisions judiciaires.
Cette élection intervient dans un contexte économique tendu, avec la Thaïlande en perte de vitesse face à des rivaux comme le Vietnam. Le secteur touristique, vital pour l'économie, peine à retrouver ses niveaux d'avant la pandémie.
Le nouveau gouvernement devra également tenir compte de tensions persistantes avec le Cambodge, où des affrontements meurtriers ont eu lieu l'année dernière.
Dam Nukonram, un électeur âgé de 77 ans, a exprimé son espoir quant à une amélioration des conditions de vie pour les citoyens : "J'espère que le prochain gouvernement ira dans ce sens", a-t-il déclaré, évoquant des conflits proches de chez lui.
Le Pheu Thai, fort de son histoire politique depuis le début du siècle avec Thaksin Shinawatra, espère récupérer une place centrale dans un paysage déjà divisé. Son neveu, Yodchanan Wongsawat, a exhorté les électeurs à s'investir dans ce processus démocratique : "Votre voix compte, venez voter".
Le Parti du peuple, toujours dans la course, se prépare à former un gouvernement du peuple, selon son leader, Natthaphong Ruengpanyawut. Bien que le Parti Move Forward ait marqué un coup en 2023 avant sa dissolution, la situation actuelle reste incertaine.
Anutin Charnvirakul, en tête du gouvernement, a su se maintenir grâce à des alliances mouvantes au fil des années. À 59 ans, il a consolidé son pouvoir, mais la fragmentation politique laisse une marge d'incertitude.
La Thaïlande, depuis sa transition vers une monarchie constitutionnelle, a connu de nombreux soulèvements et coups d'État, ce qui contribue à renforcer des structures de pouvoir obsolètes. La Constitution, toujours influencée par le dernier coup d'État militaire en 2014, donne une voix disproportionnée aux sénateurs non élus.
Un référendum organisé simultanément permettra aux électeurs de se prononcer sur des réformes constitutionnelles sans proposition concrète. Patcharee Phadungsuksira, sympathisante du Parti du Peuple, a exprimé l'aspiration d'un système plus représentatif : "Nous voulons un système qui écoute véritablement le peuple".
Les tensions nationalistes débordent également dans le discours politique, notamment suite aux récents conflits à la frontière avec le Cambodge. Le Pheu Thai, souvent dépassé dans les sondages, fait face à des accusations d'affaiblissement liées aux répercussions des décisions judiciaires contre Thaksin et sa fille.







