Les interminables files d'attente et les minutes perdues aux contrôles sont désormais de l'histoire ancienne. À partir de mercredi, un traité de libre circulation qui simplifie considérablement la vie des travailleurs espagnols et britanniques entre Gibraltar et l'Espagne entre en vigueur.
Cet accord, qui sera signé à Bruxelles, vise à éliminer les barrières physiques ainsi que les contrôles qui pesaient sur la circulation des personnes et des biens dans cette zone, la rapprochant du modèle d'ouverture de l'espace Schengen.
Gibraltar, une enclave britannique de près de 40 000 habitants, reçoit quotidiennement environ 15 000 travailleurs espagnols, représentant près de la moitié de sa main-d'œuvre, facilitant ainsi les échanges économiques et sociaux entre les deux territoires.
Owen Smith, président de la Fédération des petites entreprises de Gibraltar, a déclaré à l'AFP qu'une "frontière fluide" allait non seulement améliorer la vie des travailleurs, mais également renforcer les capacités de recrutement et de fidélisation des entreprises gibraltariennes envers ces professionnels vivant en Espagne.
Des négociations ardues ont précédé cet accord, un souffle d'optimisme qui surgit après des tensions marquées entre Londres et Bruxelles post-Brexit.
Fernando Sánchez, le Premier ministre espagnol, se rendra sur place pour assister aux travaux de démolition de l'ancienne clôture et des postes-frontières, saluant ce moment historique : "Après des centaines d'années, nous pouvons abattre le dernier mur qui subsiste au sein de l'Union européenne".
De son côté, Fabian Picardo, le chef du gouvernement gibraltarie, a estimé que ce nouvel accord permettait de lever "les barrières physiques d’une époque révolue marquée par des tensions", tout en conservant "le contrôle sur notre propre porte d’entrée".
Les tensions étaient à leur paroxysme en 1969, lors de la fermeture de la frontière par le régime de Franco, après un référendum à Gibraltar en faveur du maintien sous souveraineté britannique. La réouverture complète ne s’est effectuée qu'en 1985.
L'abolition des contrôles marquera une avancée significative, réduisant considérablement les files d'attente, souvent causées par les fluctuations des relations diplomatiques entre Madrid et Londres. Manuel Triano Paulete, responsable syndical à Campo de Gibraltar, a précisé que "de nombreux travailleurs ne savaient jamais quand partir" pour éviter les retards au travail.
Gibraltar se distingue par une économie prospère, centrée sur les services financiers et les jeux d'argent en ligne, affichant l'un des revenus par habitant les plus élevés au monde, mais la question de la souveraineté demeure un point de discorde entre Madrid et Londres.
Bien qu'un accord temporaire ait été trouvé fin 2020 pour préserver la libre circulation, la signature d'un traité définitif se faisait attendre. Rappelons que Gibraltar a été cédé à la couronne britannique par l'Espagne en 1713, et la revendication de sa souveraineté par Madrid n'a jamais cessé, engendrant ainsi des tensions régulières.







