Le président américain, Donald Trump, tente de reprendre les discussions avec Téhéran pour mettre fin aux hostilités et rouvrir le détroit d'Ormuz. Les Israéliens, quant à eux, restent vigilants face à la nature radicale et pragmatique du régime iranien, moins enclin à poursuivre la paix tant que les mollahs sont au pouvoir. Retour sur les points clés de cette histoire complexe.
Double discours à Neauphle-le-Château
"La République islamique sera fondée sur la liberté d’expression" déclarait l’ayatollah Khomeini lors de ses interactions avec la presse internationale, alors qu’il était réfugié à Neauphle-le-Château en 1978. Une fois revenu à Téhéran, il imposa des règles draconiennes, notamment envers les femmes. Son Premier ministre intérimaire, Mehdi Bazargan, lui proposa un référendum sur une république démocratique islamique, mais Khomeini rejeta cette idée, arguant que ceux qui évoquent la démocratie ignoraient les principes de l'islam.
Khomeini considérait le mensonge comme un acte de protection légitime, utilisant la taqiya lorsqu'il s'adressait aux journalistes occidentaux. Ses discours publiques s'opposaient radicalement à ses écrits antérieurs, où il prônait un pouvoir absolu du faqih.
Malgré les avertissements, l'intelligentsia française, à l’origine admirative, finit par voir beaucoup de ceux qui l’avaient soutenu fuir ou disparaître, tel Bazargan ou Chapour Bakhtiar, ancien Premier ministre égorgé à Paris.
Les trois figures de l’ombre
Khomeini s’est inspiré de trois figures marquantes qui ont influencé le monde durant ces cinquante dernières années :
- Navvab Safavi (fusillé en 1956) : Fondateur d'une organisation chargée d'assassiner des Iraniens collaborant avec l’Occident, il a popularisé l’idée de martyr au nom d’Allah.
- Sayyid Qutb : Frère musulman égyptien, pendu en 1966, il a propagé l’idée d’une lutte armée contre l'Occident, inspirant profondément de futurs mouvements islamistes.
- Ali Shariati : Sa vision erronée de l’islam comme religion des opprimés a été largement diffusée, encourageant une lecture marxiste de la foi.
La réalité du régime : répression et pragmatisme
En réalité, la République islamique a préservé la propriété privée, mais a souvent utilisé une main-d'œuvre de déshérités comme chair à canon. Les communistes et les Moudjahidines du peuple ont subi des répressions brutales, témoignant de l’extrémisme du régime. Khomeini, tout en imposant la charia, a orchestré un bain de sang, notamment lors de l'assassinat de milliers de manifestants en janvier 1986.
Le régime actuel, dirigé par Khamenei, a transféré le pouvoir du clergé aux chefs des Pasdarans, renforçant une stratégie de confrontation qui a coûté des millions de vies durant la guerre contre l'Irak.
Face à l’Occident et Israël
Les dirigeants iraniens ont des visions très variées de l’Occident, certains étant corrompus, d’autres fervents dans leur dévotion au martyr. La mentalité transactionnelle de Trump ne semble pas adéquate face à des adversaires aux motivations idéologiques profondes.
Parallèlement, l'Europe souffre d'une inertie, espérant une paix entre des ennemis qui n'ont aucune intention de respecter des accords. Les Israéliens, pour leur part, estiment que seule la destruction du régime pourra ouvrir la voie à un dialogue sincère pour un avenir durable.
Pour approfondir ce sujet, le livre récent de Stéphanie Rosa et Amirpasha Tavakkoli, Lumières et anti-Lumières en Iran, explore les racines de cette haine anti-israélienne omniprésente au sein du régime théocratique instauré par Khomeini.







