L'accord de paix de 2016 en Colombie, visant à mettre fin à des décennies de guerre avec les Farc, a échoué à protéger les écosystèmes. C'est le constat amer du prix Nobel et ancien président Juan Manuel Santos, dans un entretien accordé à l'AFP lors de la première Conférence internationale sur la transition énergétique en Colombie.
Santos, âgé de 74 ans, participe à cet événement qui rassemble près de soixante pays des Caraïbes, arborant des mocassins ornés de motifs symbolisant la paix et la nature. En tant qu'architecte de cet accord de paix, il met en lumière les défis persistants de la déforestation et de la violence dans son pays, qui continue de souffrir d’un conflit complexe impliquant guérillas et narcotrafic.
Il met l’accent sur un paradoxal retour des violences en Colombie, où des milliers de personnes ont déjà été touchées par la guerre. "Le principal problème de la déforestation réside dans la criminalité organisée qui, grâce à des activités comme l'élevage illégal et l’exploitation minière, finance cette destruction. Ce phénomène ne se limite pas à la Colombie, mais touche toute la région amazonienne", déclare-t-il, traçant un parallèle avec la situation au Brésil et au Pérou.
Concernant l’avenir, Santos insiste sur l’urgence d’intégrer des mesures de protection environnementale dans tout nouvel accord de paix. "Si la lutte contre les cartels de drogue est sérieusement engagée, alors la question de la déforestation doit devenir une priorité dans nos négociations", affirme-t-il.
À l'approche des élections présidentielles du 31 mai, Santos redoute un regain de violence. "La défaillance de la mise en œuvre de l'accord de paix et l’absence d’une politique de sécurité claire laissent la place à des groupes criminels qui s'affrontent, amplifiant les violences", avertit-il.
En ce qui concerne la conférence de Santa Marta, il espère des avancées significatives pour une transition rapide vers les énergies renouvelables. "Nous sommes ici pour promouvoir des décisions concrètes qui aideront les pays à se détourner des énergies fossiles. Cette transition est essentielle, même si elle est difficile dans un contexte économique compliqué", conclut Santos.
Il souligne que les décisions à court terme basées sur des intérêts électoraux ne conduisent qu'à des impasses. "Un leadership visionnaire, même s’il provoque des résistances, est impératif pour notre avenir commun", ajoute-t-il.







